SEPT PERSONNAGES EN QUÊTE D'AMOUR OU...
… sept facettes d’un seul personnage : l’amour et ses maux. Sa kyrielle de mots, entre ceux qu’on n’arrive pas à verbaliser sans se prendre les pieds dans le tapis, ceux qui nous tendent des pièges par leur troublante ambiguïté, ceux qui nous trahissent, ceux qui nous échappent surtout et qu’on rattrape au vol par de terrifiant : « oh, ce n’est pas tout à fait ce que je voulais dire ! » L’amour a ses saisons Avec humour et perspicacité, David Thomas explore les saisons de l’amour, depuis les premières palpitations aveuglantes, en passant par quelques intermèdes adultérins, pour finir par la tendresse résignée, o combien drolatique de ce couple fatigué de plus pouvoir se quereller, car les mots avec le temps ont perdu de leur vitalité.

Puis, quand on parle d’amour, forcément, on est obligé d’évoquer son pendant : la solitude. A laquelle, tous résistent, mais qui telle une faux maléfique, agite son étendard, et psalmodie sa douleur à qui veut bien l’entendre : « Un corps qu’on ne touche pas, c’est un corps qu’on ne désire pas ». A sa manière, elle tente de s’imposer, malencontreuse petite chose, parmi tous ces amoureux, mais chacun à son stade la rejette. Le propos ne manque pas d’audace. Seul le jeu souffreteux de l’interprète rend cette belle idée difficile à entendre. Heureusement, elle finit par comprendre, la solitude, que le mariage ne préserve ni de l’ennui, ni de l’isolement.
L’amour a ses déraisons Autour de ces sept personnages s’articulent des saynètes à l’architecture efficace, des passages de relais rythmés, truffés de trouvailles. La mise en scène réussit à tracer des lignes entre les êtres, à générer des binômes, à agiter des fantômes, Grâce un éclairage syncopé, la lumière bat la mesure et initie son propre langage. L’espace contigu s’invite comme élément de tension, pour rendre visible ces corps qui se cabrent sous l’emprise du désir, qui se délitent quand le sentiment prend la tangente, qui se crispent quand la libido fout le camp. Car, ici, la libido n’est pas toujours l’amie turgescente, qu’on imagine, elle a ses fragilités ! Y’a du Blier dans la langue, un buffet de sentiments servi à la mode subtile par un casting de choix.
On notera la prestation de Catherine Lenne en femme vieillissante ou « beauté affirmée « dont l’intensité de jeu propulse la comédienne loin devant ces consoeurs. Quant aux jeunes hommes, ils sont tout bonnement excellents et créent chacun dans leur registre, une dynamique drolatique du plus bel effet. Un coup de chapeau au garçon en robe de chambre dont la présence lunaire n’est pas sans rappeler l’émérite Dutronc dans « L’Important, c’est d’aimer ». De belles références, pour un jeune auteur, qui se penche sur le réel avec humour. Qui convoque l’absurde, avec tact, pour mieux signifier les cocasseries et autres inepties du quotidien des femmes et des hommes de ce monde !
David Thomas évite bien des écueils. Seul faux pas de ce délicieux moment de théâtre, les protagonistes féminins,. Moins subtiles dans leurs interprétations, moins pertinentes dans leurs propos que leurs confrères, les femmes imaginent encore que les hommes ne s’intéressent à elle que pour leurs derrières !
Maïa ARNAULD ( Paris)
Tais toi, parle moi Un texte de David Thomas
Mis à scène par Hocine Choutri
Avec Catherine Lenne, Olga Sokolow, Barbara Beretta, Marc Bottiau, Jean-Paul Sermadiras, Sandra Valentin, Raphaël Cohen
A la Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, 75018 Paris au 0142334203 jusqu’au 07 novembre 2007