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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Gris (Bruxelles)

LE RAT, ENTRE CHIEN ET LOUP

Le Rideau accueille Le Gris, une pièce qui donne le change. Réflexion sur l’existence, pensées sur une époque qui tance. Un monologue désenchanté mais enchanteur, la « middle life crisis » en toile de fond.


La scène est épurée, presque nue, seul un fauteuil club en cuir marron décati résiste, fort comme un roc. Il sera l'un des personnages de la pièce. L’homme arrive, il vient de déménager pour se ressourcer loin de la vulgarité des compromis contemporains. Peut-être pas suffisamment loin. Le téléphone d’un spectateur sonne, deux fois. Vulgarité ? Qu’importe, ne boudons pas notre plaisir. Car il est bien au rendez-vous.

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Angelo Bison incarne cet homme en quête de marge par manque d’oxygène. Sa femme le tanne, la vie presque plus ne l’étonne. Le voilà seul, face à ses incertitudes et ses doutes, ses questionnements et ses révoltes. Alors quelle jouissance de consacrer deux jours entiers pour simplement choisir la place de son futur bureau. Tout va plutôt bien dans le meilleur des mondes de la solitude. Sauf qu’un intrus vient troubler cette quiétude. Au départ le soir, entre chien et loup, un rat s’invite et vient hanter ses cauchemars. Commence alors un bras de fer inexorable entre l’homme et l’animal abominable. Leur relation parfois teintée de complicité, voire d’attendrissement, se mue pour tomber dans la versatilité la plus complète. Le Gris devient l’épicentre d’une existence qui vacille et bascule peu à peu dans la folie mentale.

Un acteur flamboyant

Le comédien insuffle vie à ce texte avec brio et les répliques font mouche. La mise en scène est habile, ce jeu d’ombre et de lumière illustre à merveille la partie de cache-cache qui se trame sous nos yeux. Le personnage court-il après ce rat ou plus simplement lui-même ? Angelo Bison incarne parfaitement cet homme qui prend du recul pour mieux avancer. La lumière de ses yeux fascine autant qu’elle hypnotise. Son regard témoigne de ses pérégrinations et errements psychologiques, très pertinemment illustrés par des murs qui reculent à mesure que son horizon rétrécit. Les instruments, contrebasse, violon et consorts, et ses corps vivants en relief dans le décor ajoutent une touche kafkaïenne à la pièce. Le rat se régale du parmesan, semé par notre homme pour causer sa perte. Le public, lui, ne peut qu’être rassasié par ce Gris.

Gabriel HAHN (Bruxelles)

Le Gris, du 25 septembre au 20 octobre au Rideau de Bruxelles
Ecriture : Giorgio Gaber et Sandro Luporini
Mise en scène : Pietro Pizzuti
Texte français : Kathleen Dulac & Pietro Pizzuti
Comédien : Angelo Bison  accompagné de Sébastien Boisseau à la contrebasse, Jean-Yves Evrard à la guitare, Olivier Thomas aux chant et percussions
Scénographie et costumes Anne Guilleray
 Lumières Marc Lhommel

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