ALEX L’EXASPÉRANT
L’écrivain maudit et égocentrique s’interroge sur l’impact que son œuvre peut produire sur l’humanité … Ça le hante, ça le tourmente, ça le ronge, à tel point que son langage se destructure, il ne parle pas il hurle, tout comme la musique qui perce les tympans des spectateurs… Heureusement cela doit être de l’humour. Ou pas. Nathalie Fillion, auteure et metteure en scène de la pièce Alex Legrand, a cherché à présenter à travers le personnage principal d’Alex les ravages de l’enfance sur l’âge adulte. Le spectacle se veut « une tragi-comédie familiale contemporaine vieille comme le monde », et c’est là tout le problème. Alex doit recevoir ses parents pour le thé, et drame terrible pour le pauvre Alex, son livre dont les parents ignorent l’existence vient d’être publié, livre dans lequel Alex met à nu les maux de son enfance, assassinant métaphoriquement père et mère. De plus, il doit leur présenter Annabel Lee, sa petite amie anglaise, tout cela dans sa chambre vide d’écrivain maudit… Bref, Alex mène une vie de bohème très « cliché », cette vie ne convient pas à ses parents très coincés, heureusement Annabel aime Alex car c’est une femme libre et folle qui n’aime pas les conventions, s’ajoute à cela le voisin collant mais gentil, Jonathan, une belle âme perdue… L’auteure ne nous épargne donc aucune lourdeur dans une histoire plus « vieille » que « contemporaine »…
Une tragi-comédie ou une comédie pathétique ? Cette tragi-comédie familiale aux ressorts dramatiques redondants apparaît dès lors profondément ennuyeuse malgré une mise en scène qui s’efforce d’insuffler le rythme qui manque cruellement au texte. Lequel se construit autour d’une idée qui aurait pu être intéressante si elle avait été traitée plus finement ; en effet envisager le conflit familial d’un point de vue linguistique est un parti pris original traité ici avec beaucoup de superficialité.
Quant à la direction d’acteur, elle ne sauve en rien le spectacle appuyant grossièrement les clichés du texte, on pense notamment à la comédienne interprétant le rôle d’Annabel Lee, la petite amie anglaise, qui nous offre une prestation agaçante d’une jeune étudiante à la voix enfantine et au langage niaiseux. Le personnage d’Alex n’est pas mieux servi puisque le comédien hurle chacune de ses répliques : le hurlement doit être l’une des caractéristiques des névroses des jeunes écrivains ! Heureusement les parents d’Alex sont interprétés avec plus de subtilité et ils offrent les moments les plus acceptables du spectacle.
Alex Legrand apparaît comme une comédie pathétique et involontairement grotesque plutôt que comme la tragi-comédie souhaitée par l’auteure. Nathalie Fillion n’aurait-elle pas été desservie par son double rôle d’auteure et de metteure en scène s’enfonçant dans les failles de son texte et manquant de recul ?