VINCENT AVANT VAN GOGH
« Van Gogh à Londres », c'est Monsieur Vincent, un jeune homme roux un peu gauche, doté d'un fort accent hollandais, qui débarque à Brixton dans une pension tenue par deux femmes. Pas encore peintre mais déjà tourmenté, il est alors marchand d'art pour la maison familiale. Cette fiction est basée sur des faits réels : Van Gogh a réellement vécu à Londres à cette période, avant de venir s’installer à Paris. Ici, la pièce se passe entièrement dans la cuisine, lieu ô combien sensuel où évoluent Ursula, la mère, Eugénie, sa fille, le jeune Vincent et un autre pensionnaire qui se pique d'être un artiste, Sam. Les rejoindra Anna, soeur de Vincent, petite souris obsédée par la propreté qui récure tout ce qui passe à sa portée et entend bien faire de même avec la vie de son frère.

Quatre tableaux se succèdent, avec un rythme propre, dans les odeurs culinaires et le cri des oiseaux du jardin. Ils correspondent à quatre saisons, la première, hiver 1873, correspondant à l'arrivée de « Monsieur Vincent » dans la maisonnée. Une cohabitation pas forcément facile entre cette famille aux idées « progressistes », donc athée, et ce fils de pasteur au penchant pour la prédication. Pas évidente non plus l'amitié qui se noue entre Sam et Vincent, ce dernier méprisant les velléités du premier. Il l'aidera cependant par ces conseils à obtenir une bourse pour entrer à l'Académie.
Après un premier acte un peu énervé - Vincent est un timide impulsif, l'atmosphère vire à un clair obscur qui évoque les premières toiles du maître. Quelques clins d'oeil à ce propos : les mangeurs de pommes de terre ou les godillots de Vincent sont déjà là, prêts à devenir toile. Référence est également faite à Arles, où son art s'épanouira. Mais Vincent se cherche encore...
On trouve dans la correspondance avec son frère Théo une phrase majeure de la pièce, tirée d'une oeuvre de Michelet : Il n'y a pas de vieille femme aussi longtemps qu'elle aime et qu'elle est aimée. Si Vincent finira par se trouver, c'est peut-être grâce à une femme qui croit en lui, même si c'est en faisant d'abord son désespoir.
Josiane Stoleru joue avec finesse Ursula, cette veuve qui porte volontiers une robe aussi noire que ses humeurs, qui souhaiterait être démiurge et voir autour d'elle ces jeunes gens se révéler : « Van Gogh à Londres », c'est l'histoire d'amours qui s'entrecroisent mais aussi celle d'une naissance à soi-même.