LÉGENDE POUR PANTINS PRESQUE HUMAINS Neville Tranter, Australien installé aux Pays Bas, est un marionnettiste hors pair. Ses personnages à grandeur quasi humaine semblent dotés, même au repos, d’une vie particulière que renforce la petite lueur qui brille en leurs yeux. Il est parti de la légende des vampires pour s’aventurer dans des atmosphères de cauchemar. Seul en scène avec ses marionnettes, il emmène son public dans de sombres forêts proches d’un camping où vivent de bizarres créatures. Il est manipulateur étonnant de ces êtres proches de la caricature et néanmoins détenteurs d’une poésie impalpable. Il est comédien, porte voix de toutes les paroles et mime de sentiments contradictoires. Ce qui fascine dans ce numéro solo, c’est que sa présence ne cesse de se multiplier.

Tranter est un des protagonistes, Gabriel l’ange exilé, et, à ce titre, dialogue avec le comte Olaf propriétaire du village de toile et son arriéré d’adjoint, le père égaré et Inge sa fille malade, le géniteur vampire et son rejeton ainsi que le chien Odin. En tant que marionnettiste, il est aussi chacun des intervenants. Il reste le maître d’œuvre tout en étant aussi celui qui garde son identité humaine en prenant parfois ses distances avec le jeu, d’un mot ou d’une mimique. À ce titre, il y a là véritable leçon de théâtre, un théâtre qui s’attache cette fois au thème de la filiation, de la transmission de parents à enfants.
Le revers de cette brillante médaille, c’est que, contraint de tout faire en solitaire, Tranter est bien obligé de ralentir considérablement le rythme de l’histoire. Cette dernière s’étire d’autant plus que le texte en anglais est prolixe. Celui-ci à son tour n’est perçu par les francophones que grâce à un surtitrage un peu brouillon, parfois gommé par l’éclairage, souvent en décalage avec la parole prononcée et sans signe distinctif de qui parle.
Reste à se laisser envahir par les images, les éclairages, l’évocation des arbres, les bruits d’une bande son discrète et permanente, les gestes et les déplacements de pantins. Bien assez pour satisfaire les amateurs. Et puis, in fine, de s’amuser de la trouvaille finale, pirouette dont l’humour est plus directement perceptible que le second degré dans lequel baigne la représentation.
Michel VOITURIER (Bruxelles)
Présenté le 26 septembre en la Maison de la Culture de Tournai
au cours du Festival Découvertes du 20e anniversaire
du Centre de la Marionnette de la Communauté française de Belgique.
Vampyr Texte : Jan Veldam
Concept, marionnettes et jeu : Neville Tranter
Mise en scène : Allan Zipson
Son : Ferdinand Bakker et Kim Haworth
Lumières : Désirée van Gelderen
Costumes: Atty Kingna
Production : Stuffed Pupett Theatre / Schauspielhaus Wien
Site :
www.stuffedpuppet.nl