COMMUNION DES ARTS
Neige, présenté par la compagnie de la Mandarine blanche, mis en scène par Alain Batis, est une adaptation du roman de Maxence Fermine. Les performances des acteurs, musiciens, chanteurs et d’une danseuse servent avec humilité la force de la poésie nipponne. L’histoire est celle de Yuko, un jeune poète à la recherche de son art, de l’amour, de l’idéal. Le Haïku doit contenir en lui tout à la fois : le geste, la musique, et les couleurs du monde. Mais Yuko lui ne comprend que la neige. Car le blanc est la couleur de tous les possibles,
"qui agit sur notre âme comme le silence absolu, il regorge de possibilités vivantes, c’est un rien plein de joie, un rien avant tout naissance".
Cet écrin de poésie, résume assez bien l’art et la pensé asiatique.
Neige rassemble deux thèmes : celui de l’amour et celui de la poésie. Il montre combien la poésie est multiple, combien elle est difficilement accessible. La métaphysique liée aux arts y est ici exprimée, de la même manière qu’Hokusaï pouvait lui-même dire : c'est à l' âge de 73 ans que j'ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux , des poissons, et des insectes. Par conséquent, à l'âge de 80 ans, j'aurais encore fait plus de progrès. A 90 ans, je pénétrerai le secret des choses; à 100 ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j'aurai 110 ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. L’amour, lui, est édifié par la beauté d’une femme prise dans la glace, comme la matrice éternelle, figé et inspirante.
Le spectacle d’Alain Batis procède comme cela, par images imprimées, au rythme de ce roman, comme celui de la neige qui tombe. Ce rythme c’est également celui de la quête, du mouvement. Puisqu’il s’agit avant tout d’un roman initiatique. Le héros, dans une recherche cyclique, écrit et s’inspire au rythme des saisons, par intermittence. Car le Haïku est un art sacré, au reflet de l’amour. Il se mérite, c’est une chose précieuse, un funambule suspendu au ciel, qui manque à chaque instant de chavirer, de se froisser. Tel est la puissance et la délicatesse de la peinture japonaise : jamais un trait de trop, le souffle est retenu.
Ce spectacle est fidèle à l’exigence de l’Haïku, les mouvements et les mots de chaque acteur procèdent subtilement, dans une scénographie de voiles. Et les arts de la danse, du chant, de la musique se marient harmonieusement. La mise en scène respecte un certain rythme sans pour autant qu’il y ait trop de lenteur et les silences sont autant de respirations, comme des temps de mesure.
Laure DUBOIS (Paris)
Infos pratiques : Théâtre de l’Epée de Bois Cartoucherie jusqu’au 23 Septembre 2007
Auteur : Maxence Fermine
Mise en scène : Alain Batis
interprétation : Cyriaque Bellot, Alain Carnat, Louise Chirinian, Cendrine Gallezot, Marc-Henri Lamande