En exclusivité pour RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
A+22 : samedi 28 juillet (43) 23ème jour de festival, le dernier. Pas le pire !
Fini la pâte à tartiner pour Catherine. Depuis qu’un anglo-italien lui a dit qu’on pouvait très bien dire Le Nutella, elle n’en veut plus. Coquetterie ? Pas sûr. « Nutella a le genre accordé à son enfance » lui dit Alain qui sait de quoi il parle. « Il est grand et fort parce qu’il en a mangé plein » susurre Annick. Catherine s’en fout, elle en bouffera plus. « Ceci dit, ça te fera pas de mal ».
Pour France Culture, le vrai festival, le IN est fini hier. Mais sous les cartons du OFF qui pendouillent naissent encore les mandragores de la création artistique. Et aujourd’hui il propose encore plus de 850 représentations. Pour leur dernière, les MISÉREUX redoublent d’énergie et d’espoirs. Tout peut encore se jouer. Sauf la recette. Toujours la même : maigre comme des pâtes au beurre. Gérard n’est pas réapparu… On comprend mieux qu’il ait voulu que tout soit réglé avant. Pour sa compta !! Régis a pris la relève.
Quelle belle journée ! A l’Espace Ecuelle, les troupes qui n’ont fait que se croiser s’aperçoivent soudain que les MISÉREUX sont multiples. Ils regrettent un peu de ne pas s’être vus mutuellement, la tête dans le guidon du dopage quotidien tractage-collage-paradage ! Ils sympathisent, s’échangent les mails. Mêmes les Normands et les Tréteaux de l’âme s’embrassent. Finalement, beaucoup de choses les réunissent. Et la petite brune des Tréteaux s’entend si bien avec le grand costaud de Caen.
A chaque créneau qui se termine, chacun remballe son décor, ses projos, ses accessoires, ses costumes. Pleins de la sueur d’Avignon, ils attendront lundi pour se faire dégraisser. Pour cette dernière, les MISÉREUX redoublent de charme en tractant et de talent en jouant. C’est simple, c’est leur meilleure. A part Patrick qui a une petite sushi-gastro. Omar se marre et Annick cynique : « bien fait ». Un rappel des vieux souvenirs. Michel a repris la régie. Finalement son arrêt maladie, c’était une farce. Quels blagueurs ces intermittents, jamais vraiment malades.
Emotion finale ! On range son bazar et on organise un pot de dernière collectif. Josiane s’occupe de l’ambiance. On peut lui faire confiance. JP songe à son prochain divorce. Observant Alain de loin, il se demande s’il n’atteint pas l’âge de devenir homosexuel. « Ca m’aiderait auprès des instances culturelles »...
Le pot est une réussite. Toutes les troupes de l’Ecuelle sont là ! Musiciens, jongleurs, danseurs, comédiens, chacun fait un numéro, la fête bat son plein. A minuit, sur le parvis des papes, à la tête d’un troupeau de vaches qui meuglent en restant bien rangées, André Benedetto déclare LA FIN DU FESTIVAL OFF 2007, et tout le troupeau transhume à l’Ecuelle. Que la nuit dansent les cigales, que l’année travaillent les fourmis ! Joies, larmes, ruines, fortunes, insignifiances et gloires, dans le OFF tout existe. On le veut, on le peut, voilà les MISÉREUX !
Au petit matin, Josiane s’enfuit avec un Brésilien. Jean-Pierre commence à faire les comptes.
A l’année prochaine.