En exclusivité pour RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
A+20 : jeudi 26 juillet (41) Plus que 3 jours et déjà un constat : la vraie vedette du festival, c’est le public. Jusqu’au bout patient, sympa et archi sollicité. Depuis trois semaines, il sirote son Pac à l’eau à 3€ place de l’Horloge et subit les assauts répétés des compagnies. Ceux qui se sont assoupis dès le début de festival sont à présent ensevelis sous 864 tracts. Pour qu’ils respirent à nouveau, l’aide des pompiers a été requise. Les plus malins ont gardé tous les papiers. De quoi faire de jolis feux cet hiver. Patient le public ! Surtout à l’office du tourisme où, dans les trois casiers gentiment prêtés pour le OFF, tous les prospectus s’entassent, se jettent, se remplacent, réapparaissent, se multiplient. Visiblement à l’office du tourisme, on se croit toujours en 1947, temps béni où il n’y avait qu’UN festival.
Plus tard sont arrivés les MISÉREUX, qui
« jouent dans des garages et postillonnent sur le premier rang » selon une ancienne pointure du IN. Rassure-toi jeune retraité, le bon temps reviendra et pour toi LES MISÉREUX postillonneront le lundi de Pentecôte.
Le OFF est toujours vivace. Les vraies vedettes cette année sont incontestablement les cordons du festival. Ceux que l’on se colle au collet et qu’on montre ostensiblement comme dans un vrai festival : rouge, t’es programmateur…. Vite un tract ; jaune, t’es un faux programmateur mais un jour tu seras rouge, vite un tract, blanc, t’es journaliste, deux tracts, vert t’es écolo, pas de tract : faut sauver les arbres. - ndlr, en réalité, cordon vert : journaliste. Et les cordons bleus, ils sont à Avignon ? Sûrement pas dans tous les restaurants... Tout s’organise grâce à la nouvelle équipe du OFF qui subventionne même certaines compagnies. Ca va pas être facile l’impartialité !
Autre cordon, autres vedettes, les voitures ! Telles des cafards géants, elles envahissent le festival, bouffant l’air des poussettes, se faufilant dans les rues les plus étroites, bloquant le bas de l’Horloge, les rues Thiers et Carnot, escortées par les mobylettes assourdissantes et secondées par les navettes de bus. Mais faut bien se déplacer, faut bien décharger, faut bien travailler, faut bien amortir le moteur, faut bien montrer qu’on est les rois de quelque chose, de l’asphalte, des caniveaux, des trottoirs… Le nid de ces cafards qui semblent se reproduire chaque jour, Annick l’a vu un soir de pleine Lune : le parking des Halles ! Drôle de monstre ces Halles, drôles de bestioles ces bagnoles ! Mur de verdure devant, usine à gaz derrière. Faiseuse d’angine dedans, vomisseuse de chaleur dehors. Ce que les plantes captent en Co2 est aussitôt recraché. Bonheur urbain, comme le pape.
On s’en fout ! A l’espace Ecuelle les MISÉREUX ont fait 36 personnes aujourd’hui. Mais plusieurs groupes n’ont pas pu venir ! Pas réussi à se garer...
Les policiers sont venus après la représentation. Ils recherchaient Gérard. Voilà la subite raison de sa reconversion ! Des patientes, la plupart femmes de notables aux 4X4 rutilants, se sont plaintes. Gérard leur aurait greffé des vessies de porcs pour leur refaire les seins. Elles ne se plaignaient pas mais un concurrent qui utilise du silicone, plus cher, l’a dénoncé. Gérard risque gros. Elles ont tort les jolies dames. Le porc, pour les cochonneries, c’est quand même mieux.