En exclusivité pour RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
A+19 : mercredi 25 juillet (40) Les MISÉREUX s’y sont fait. Ils ne gagneront rien. Mais quelle ambiance ! Finalement, cette Josiane, quelle fêtarde ! Même Jean-Pierre ne la reconnaît pas. Elle invite des groupes brésiliens, des musiciens taïwanais, des comédiens roumains, et ça danse, ça chante, ça boit ça fume des pétards autour de la piscine et Annick a des visions. Cette fois, elles sont bleues. Posé sur une grosse chambre à air récupérée sur une camionnette désossée autour des remparts, Michel semble un anchois géant enfin préservé. Toute la soirée, Annick l’observe ! Et Josiane s’éclate ! Ses nouveaux amis l’entourent avec soin et rires internationaux. « Faut dire, confie Jean Pierre à Marie-Claude, elle a un nouveau psy ! »
Selon la rumeur, le festival est fini. « Déjà qu’il a commencé au bout d’une semaine, s’il est déjà fini, pourquoi dure-t-il si longtemps ? »« C’est des conneries ! Y’a encore plein de gens, des milliers de programmateurs, et comme on ne perdra pas d’argent puisqu’on ne sera pas payé, considérons qu’on est en vacances ! » « Pas question, on est des professionnels… On travaille. » Josiane vient se frotter entre Patrick et Omar « Oubliez tout ça les MISÉREUX, et reprenez du rosé. C’est le proprio qui régale ! » C’est vrai qu’il est là lui aussi, fier de sa maison, de sa piscine, de son 4X4, et de ses nouvelles bonnes relations avec Jean-Pierre. Grâce à sa femme ! « Revenez quand vous voulez » lance-t-il à qui veut l’entendre. Annick hallucine : à la place de Michel vautré sur sa chambre à air, elle voit Mesguich, énorme et alangui sur toute la surface de la piscine. Dans le ciel azuré du OFF d’en haut, Mesguich se pavane et aucune piscine ne semble assez large pour contenir son esprit riche de lui-même. Mesguich, c’est le IN du OFF. A tel point que quand il vous dit bonjour, il doit préciser si c’est Descartes ou Mesguich qui vous parle. Comme Joël, il n’a pas été invité dans une quelconque cour d’horreur, mais ce n’est qu’un oubli. Ou une redoutable lucidité ! Annick s’en fout, elle hurle « ‘Daniel ! » et saute sur lui. C’est Michel qui la réceptionne. Elle rebondit sur la chambre à air, direct sur le plongeoir ! Ré-éjection, looping, nouvelle réception sur la chambre à air qui la propulse au milieu des Taïwanais et des Roumains en pleine samba brésilienne. Juanito la prend dans ses bras : danse effrénée, tournoiements, virevoltages. Annick se retient. Elle sait vivre, elle vomira plus tard.
Et la fête bat son plein ! Josiane distribue cocktails et baisers à qui lui sourit ou lui tend un pétard. Jean-Pierre s’aperçoit qu’il perd sa femme. Finalement, il s’en fout. C’est ça les fêtes d’Avignon. Vilar aurait aimé celle là, loin des turpitudes, des parades et des aguichements aux terrasses. La chambre à air se dégonfle doucement, Michel ne s’en rend pas encore compte mais son corset métallique ne va pas l’encourager à flotter. Josiane se précipite, tout le monde la suit et Michel est sauvé. Qu’on est bien, loin des tracas-vignon !
Quand Josiane se sèche nue en dansant une salsa avec un contorsionniste de Taipei, Catherine lui demande : « C’est qui ton nouveau psy ? »