RÉCEPTION DÉCEPTION L’affiche, prestigieuse, laisse espérer un spectacle à la mesure des comédiens. Mais l'intrigue, qu’ils servent pourtant avec talent, n’arrive pas à séduire. Comme si on avait la forme… mais pas le fond.Une quelconque ville de province. La réception d’un hôtel plus quelconque encore. Un réceptionniste, sale et aigri, qui s’agite seul derrière son comptoir. La nuit s’annonce calme, la routine installe son ennui. Lorsqu’un client se présente. VRP en photocopieurs, trop propre, trop net, trop chic pour être honnête. Et le fil de la nuit bascule. La réalité, plus bancale qu’il n’y parait de prime abord, se fait rattraper par le passé. Et vacille, jusqu’à l’ultime sursaut final.

Voilà donc une pièce qui fait l’audacieux pari de mettre le polar sur scène. Audacieux car le polar n’est pas un genre qui se prête facilement aux contingences théâtrales. Et comme pour tout pari, les lois des probabilités rendent impossible la certitude du succès. Ici, en dépit de nombre de qualités, le résultat est nuancé.
Côté qualités : le jeu de Jean-Claude Dreyfus. Incarnant, avec un naturel à couper le souffle le réceptionniste gras et acrimonieux, grommelant et trainant savate. Bluffant.
Le jeu de Claire Nebout aussi. Plus en nuance, jouant de sa voix, de son androgynéité aussi bien que de sa féminité.
La mise en scène est également un atout de cette création. Sans ostentation, elle confronte les personnages, joue de l’affrontement comme de la séduction.
Les décors enfin, qui soulignent le décalage qui existe entre ce qui paraît et ce qui est.
Mais voilà, toutes ces qualités n’arrivent pas à faire oublier la minceur de l’intrigue. L’histoire semble piétiner, l’intérêt même de l’énigme peine à s’imposer, les surprises sont attendues. Et le dénouement sans surprise. Dommage.
Karine PROST
www.ruedutheatre.info
Réception, de Serge Valletti
Avec Claire Nebout et Jean-Claude Dreyfus
Mise en Scène et lumières de Christophe Correia
Au Théâtre du Chêne Noir à 20h30 Relâche les 20, 21 et 22 juillet 2007.
Photo © DR