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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Hansel et Gretel

FAMILLE, JE VOUS HAIS

Le belge francophone est un drôle d’animal qui se porte bien. Et le théâtre belge, encore mieux. Comme en témoigne la désormais habituelle excellente programmation des Doms. La journée commence là par une invitation à un sournois banquet ; à la façon d’un « Festen » liégeois, le repas de noces d’Hansel et Gretel n’a rien d’une fête heureuse mais constitue un vrai régal pour le spectateur curieux de découvrir un théâtre sortant des sentiers battus.

Tout était là pourtant qui aurait dû concourir aux succès des agapes : blancheur de la robe, fraîcheur des fleurs et bulles légères du champagne de prix… Tout sauf la chaleur de la famille, le bonheur des proches…


Abandonnés à leur demeure de solitude, Hansel et Gretel ont grandi. Frère et sœurs s’aimant d’un incestueux amour, aujourd’hui, ils célèbrent enfin leurs noces. Présences « amies » enregistrées par eux-mêmes, comme une hypocrisie décuplée, les invités sont projetés sur écran glacial… Performance d’acteurs et défi au temps de la représentation (les vidéos « discutent » avec les personnages réels du frère et de la sœur en une troublante synchronisation), Hansel et Gretel c’est d’abord et avant tout une dénonciation progressive des rapports humains pervertis par l’hypocrisie, l'accusation du pouvoir destructeur et violent des non-dits. Mais aussi, il pointe ce mal dont, potentiellement, nous sommes tous porteurs, puisque tous les personnages sont joués par les mêmes comédiens.

Mention toute particulière pour Anne-Cécile Vandalem, troublante de crédibilité dans ses différentes interprétations. Le jeu fin prend le temps d’installer le trouble, et on se prend à, nous aussi, ressentir la gêne d’invité « par hasard », prenant part malgré nous à un drame à rebours, en filigrane et en fourbe vilenie. Langue de vipère et coups de vaches sont en effet les principaux hôtes de ce malsain banquet. Le rythme lent de l’action aide à l’installation de ce climat si particulier, que chacun dans la salle connaît sans aucun doute pour avoir vécu semblable expérience, en moins excessif, on ose l’espérer !

On sort de là glacé, le sourire-jaune- aux lèvres. Un seul bémol pour ce spectacle qui porte en lui tous les germes d’un grand moment de théâtre, inventif et dénonciateur, le rythme parfois très lent. Malgré tout, dans nos mondes gouvernés par les médias et l’image, nos singularités isolées par le virtuel galopant, ce détournement d’écrans est d’autant plus significatif du danger d’une société qui se déshumanise, creusant plus profondément nos ultra-modernes solitudes…

Isabelle PLUMHANS
www.ruedutheatre.info

Hansel et Gretel, Une création de la Cie Résidence Catherine, Anne-Cécile Vandalem et Jean-Benoît Ugeux - Théâtre des Doms, à 11h Du 06 au 27 juillet, relâche le 16.
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