LE CIRQUE NOSTALGIQUE DE MONSIEUR VERBAL À force de s’entendre répéter qu’il jongle avec les mots, il fallait bien qu’un jour Vincent Roca fit son cirque ; endossant tous les rôles qui vont lui permettre de filer la métaphore pour mieux nous ébaubir. Entrée de l’artiste…
Quand on aime les mots dans une société qui les blesse quotidiennement, Vincent Roca fait un bien fou. N’est-il pas d’ailleurs « fou du roi » dans l’émission de Stéphane Bern sur France Inter… Pendant 1h20 où les spectateurs en prennent autant dans les oreillettes que dans les mirettes, le Houdini des mots va contorsionner les fils de notre belle langue et nous électrolocuter chaque seconde. Mais tout cela n’est pas servi pour le seul exercice de style. A travers les mots, Roca évoque les maux et les interrogations existentiels : l’enfance, la mort, ce qui nous meut et nous émeut.

L’artiste multi facettes est accompagné de Pierre-Marie Braye-Weppe au violon et à la guitare, lequel n’est nullement cantonné à jouer les futilités musicales. Au contraire, sa présence mutine et candide constitue en soi une réplique tantôt poétique, tantôt insolente, aux numéros de Roca.
Sous le chapiteau des délices verbaux, une mention spéciale est à décerner pour quelques saynètes : Mozart qu’on assassine connaîtra un autre sort, l’histoire de Michel le pépiniériste charme par dessus tout, la bataille expressive livrée contre l’éléphant dans un magasin de porcelaine vaut son pesant de l’animal du même poids, et dans la rubrique nécrologique des personnalités, on n’aurait pas imaginé Roca aller
occis loin.
Pour ceux qui ne peuvent s’empêcher de comparer, on trouvera chez Roca, l’esprit de Devos, le charme de Lapointe, le souffle de Bourdieu et surtout, la patte Roca, un peu de sa vie, de ses craintes, de ses espoirs, de nostalgie et d’autodérision, un style qui les embrasse tous.
Thaumaturge de l’alphabet, désaxé de la syntaxe, amant de la sémantique, phénomène du phonème, maestro des mots, méga fort de la métaphore, pointilleux de l’à-peu-près, virtuose de la prose, sonné de l’assonance, boulimique de l’hyperbole, alcoolique de la rhétorique, Vincent Roca est à lui seul une figure - de style.
Stephen BUNARD www.ruedutheatre.info
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Karine Prost.
Vincent Roca, Une heure de gaîté au Chêne Noir.
Théâtre du Chêne Noir, Tous les jours à 12h15
Avec : Vincent Roca et Pierre-Marie Braye-Weppe
Mise en scène : Michel Guigon
Lumières : Anne Coudret
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Vincent Roca.
Crédit photo : Jean Tholance