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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Patty Diphusa

HISTOIRE D’UNE VÉNUS DESTROY

Pour être le premier roman du réalisateur espagnol de Volver, l’histoire de Patty Diphusa, si elle n’est pas très orthodoxe, a au moins le mérite d'être intimement fidèle à l'esprit almodovarien et de faire fantasmer.

Tout l’univers de Pedro Almodovar s’y trouve réellement incarné. Patty est une femme des années 80, née dans la capitale madrilène. Elle servait de pseudo à son créateur lorsque ce dernier écrivait ses chroniques dans l’hebdomadaire espagnol La Luna. Aujourd’hui, voici qu’elle prend chair, dans toute sa splendeur érotique, sans rien enlever de sa fragilité.
 
L’interprétation du personnage, dans l’adaptation de Séverine Lathuillière, metteur en scène, n’a d’égale que la beauté du rôle. C’est toute de rose vêtue, perruque noire au point, talons aiguilles chaussés sur résilles que la pulpeuse et truculente Emmanuelle Rivière entre en scène, affublée d’un double masculin et travelo de surcroît. Elle pénètre tout de suite dans le vif du sujet : cette star du porno, poudrée de paillettes, raconte sa vie. Une vie faite d’amusements, de soirées folles et frivoles.

Un récit schizophrène


D’emblée, l’auteur rend un hommage à Andy Warhol et le jeu de couleurs rappelle intensément tout au long de la représentation son influence sur la scène artistique espagnole de l’époque. La mise en scène séduit par la juxtaposition du récit et de la vidéo. Les aventures de Patty sont à la fois drôles, émouvantes et contradictoires. Un peu gore même. Entre deux histoires, une projection d’images, de films vidéo, de romans photos, accompagne les explications volubiles de la star partie se changer pour la énième fois. Le public apprend vite à connaître l’héroïne toujours perchée sur des talons aiguilles. Elle est si glamour et si mégalomane qu’on en oublie son double, cette silhouette qui rôde telle l’ombre d’un vautour, fort bien incarnée par le très beau David Babadjanian.

Almodovar, sans doute figuré par ce travesti qui dédouble Patty, manipule son personnage. Telle une marionnette. Déjantée tout de même. Insolente parfois. Mais pas vraiment vulgaire malgré ses exploits. L’histoire demeure vibrante et le public scrute les paradoxes d’un rôle à facette pour une marionnette. Lassé, l’auteur lui coupe les vivres. Patty se sent menacée. Pourtant, elle veut vivre.

Voilà, une fin pathétique dans un décor kitsch que la mise en scène accompagne brillamment jusqu’au bout sur des rythmes flamenco convertis au final en sonorités électroniques. Et puis Patty formule une ultime demande. Amoureuse du chauffeur de taxi Lucio, incarné à l’écran par Joël Cantona, qui lui a offert un kilo de langoustines, elle demande à Pedro de lui arranger le coup. Mais l’histoire comme le cinéma est versatile.

Christelle ZAMORA
www.ruedutheatre.info

D’après les récits de Pédro Almodovar
Adaptation Sèverine Lathuillière assistée de Thibault Chanel
Avec Emmanuelle Rivière et David Babadjanian

Festival OFF d’Avignon Théâtre du Chêne Noir
Tous les soirs à 22h30
Réservation au 04 90 82 40 57
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