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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Traceur de lignes

UNE FOLIE ORDINAIRE

Le livre de Jacques Nicolas, « Le Traceur de lignes » se situe dans la lignée des romans d’André Baillon (« Délires » ou « Le Perce-oreille du Luxembourg ») prenant la folie pour thème. Il est écrit sous forme d’un double monologue ressassé par un seul personnage. Une partie décrit la réalité extérieure teintée d’une logique de dérive mentale ; l’autre plonge dans les dédales du fantasme nourri à la poésie de Rimbaud. Les deux s’entremêlent.

Le texte fait de fréquentes allusions au théâtre, au spectacle. Sans doute est-ce pour cela que l’auteur a laissé Franck Danger en faire une adaptation. Dans sa mise en scène, celui-ci a opté pour une sobriété qui sied bien à la minuscule cave de la Salle Noire des Ateliers d’Amphoux. Des murs nus, deux chaises, une table forment un décor à transformations évocatrices. D’un quai de gare ou de métro, on passe à l’intérieur d’un compartiment de TGV, à un bistrot, des rues, une salle de classe ou d’urgences hospitalières, une forêt…
 
Un jeune comédien issu du Conservatoire de Liège, Florian Kiriluk, explore ces lieux. Il entraîne avec lui son personnage d’Albert Soureuil, en quête de son identité, aux prises avec ses démons intérieurs et taraudé par un ulcère à l’estomac. Entre pyjama de malade et manteau de fugitif ayant abandonné femme et enfant, entre lucidité déstructurée par des obsessions et égarements psychiques aux frontières du schizophrène, l’homme est en errance. Il dérive vers une misère autant matérielle que psychologique. Il se découvre un destin susceptible de l’extraire de sa médiocrité journalière.

Kiriluk restitue les deux niveaux textuels du livre. Il emmène le spectateur dans la spirale de l’autodestruction d’un être qui voulait « aller à la rencontre de l’infini », jusqu’à la révélation ultime assénée par une voix off. En dépit de quelques répétitions gestuelles et vocales, l’interprétation est remarquable d’autant que l’intimité du lieu met en connivence directe comédien et public.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Le Traceur de lignes
Texte : Jacques Nicolas (éd. Memory Press, 2004)
Mise en scène : Franck Danger
Distribution : Florian Kiriluk
Musique : Kurseur
Lumière : Guy J’Espère
Production : Alain Tholl de l’Enclos (00 32 63 45 64 30)

Dans le Off d’Avignon, jusqu’au 28 juillet (relâche le 16) à 14h,
Salle Noire des Ateliers d’Amphoux (réservations indispensables vu la jauge de la salle : 04 90 86 17 12).
Durée 1h05.

Photo © DR
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