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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Lulu (Tourcoing / Lille)

PLANCHES ET ÉCRAN

Après avoir monté un spectacle autour du Faust de Murnau, le Cartoun Sardines Théâtre s’attaque à Lulu, pièce de l'allemand Wedekind, filmée par son compatriote Pabst, et jouée par les inventifs comédiens marseillais. Une confrontation radicale entre théâtre et 7e art.

Lulu, c’est un drame de Franck Wedekind écrit au début du 20e siècle, réalisé au cinéma en 1929 et objet d’un opéra inachevé d’Alban Berg. L’histoire raconte l’impitoyable ascension sociale d’une femme et sa déchéance après un meurtre. Comme avec Faust, le film de Murnau, spectacle qui tourne encore, Patrick Ponce et son équipe ont cherché à mettre en scène un rapport permanent entre des comédiens vivants d’aujourd’hui et l’image sur pellicule d’acteurs d’autrefois, telle la sublime Louise Brooks.
 Photo © Cartoun Sardines Théâtre

Le spectacle se présente donc comme une concrétisation d’un rapport entre le vrai et le faux mais aussi avec le faux-vrai que constitue une représentation aussi bien sur écran que sur plateau.

Un va-et-vient d’images et de présences


Le côté passionnant de cette démarche est le travail effectué pour créer des liens entre hier et maintenant, entre cinéma et théâtre. Parfois, Dominique Sicilia et Patrick Ponce jouent en synchronisme avec leurs collègues filmés. Leurs gestes se lisent en miroir, similitudes de comportements qui frôlent la mise en abyme, sorte de connivence synchronisée. Parfois, ils montrent ce que la caméra n’a pas pris dans son champ, ouvrant le regard du spectateur, lui créant en présence concrète un espace imaginaire. Leurs actes ajoutent une dimension de chair à la froideur de la pellicule en noir et blanc. Parfois encore, ils sont en décalage et donnent de l’autonomie à leurs personnages. Ils rappellent que ce drame expressionniste fut d’abord une pièce. Enfin, à plusieurs moments, les interprètes distancient leur propos en introduisant des gags qui soulignent le passage d’un mode d’expression à un autre. Ils montrent de la sorte qu’il s’agit bien de fiction et non de réalité. Il leur arrive aussi de fusionner avec la projection en apparaissant en transparence ou en ombres chinoises derrière l’écran.

Présent et passé, présence réelle et existence virtuelle se mêlent de manière fascinante, grâce aux éclairages conçus par Delphine Bonnefoi et Christophe Bruyas. Au surplus, les deux acteurs composent plusieurs rôles, changeant soit de voix, soit d’accessoires vestimentaires. Leur performance est surprenante. Il y a là une succession de subtilités qui crée la richesse de cette exhibition savoureuse, que ponctuent les musiques jouées en direct par Pierre Marcon.

Quelques éléments alourdissent néanmoins l’ensemble. Les dialogues ajoutés plaquent une avalanche de mots sur un film totalement muet, au point de friser par moments la saturation. Surtout lorsque le nombre des protagonistes est élevé. Les images du cinéaste perdent alors de leur intérêt plastique au point de devenir un fond visuel anecdotique. En étant trop présente, la partition musicale prend épisodiquement le pas sur ce qui se passe. Le spectateur se trouve confronté à un jeu de reflets, à un équilibre précaire sur la frontière floue de la vie et de l’imaginaire, comme dans La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen. Il éprouvera ce plaisir très intellectuel de voyager d’un univers à un autre, d’un art à un autre. Il comparera les perceptions qu’engendrent le théâtre, art (du) vivant et le cinéma, art de l’apparence.

Michel VOITURIER (Lille)

Visualiser la bande-annonce.

Lulu

Écriture, scénario et mise en scène : Patrick Ponce et Dominique Sicilia
Scénario, écriture et musique : Pierre Marcon
Film : Georg Wilhelm Pabst (1929) (DVD Second Sight Films)
Distribution : Dominique Sicilia, Patrick Ponce
Décor : Laurence Astier Son : Pedro Theuriet Lumière : Delphine Bonnefoi, Christophe Bruyas

Dans le cadre du programme transfrontalier « La Virgule », au Staquet de Mouscron, du 24 au 26 mai 2007.

En tournée : Au Théâtre des Lucioles durant le Festival Off d’Avignon du 6 au 28 juillet 2007 - Réserver : 04 90 14 05 51

Puis au Prato de Lille, le 5 Octobre (0320 52 71 24) ; à la Minoterie de Marseille du 15 au 27 Octobre (0491 90 07 94) ; à Saint Maurice l’Exil, le 9 Novembre (04 74 29 45 26) ; au Petit Vélo de Clermont Ferrand, du 14 au 24 novembre (04 73 36 36 36) ; à Rousset le 17 Janvier 2008 (04 42 29 18 61). Durée : 1h45
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