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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Ubu Roi (Avignon)

AFFREUX, SALE... ET MÉCHANT (EN PLUS)

Sur un grand tapis rectangulaire beige, ils sont six – trois filles et trois garçons – à donner en représentation les tribulations du Père Ubu, de la Mère Ubu et de tous les autres fort nombreux personnages de la pièce d'Alfred Jarry.

Ils sont vêtus d'un simple justaucorps de la même teinte que le grand tapis sur lequel ils évoluent. Les métamorphoses se font à l'aide de grands pans de papier dont ils se servent pour déformer leurs silhouettes selon les besoins du spectacle. Ici, en effet, le Père Ubu n'est pas revêtu du costume dans lequel on a l'habitude de le voir. Le Père Ubu, en réalité, comme tous les autres personnages, c'est alternativement chacun des comédien(ne)s qui est chargé de le représenter...
 Photo © Manuel Pascual

La mise en scène très originale, voire iconoclaste, d'Alain Timar repose sur la constatation que n'importe quel individu est susceptible, selon les circonstances, d'un comportement ubuesque. C'est-à-dire de se montrer lâche, vulgaire, bête, avide d'argent et de pouvoir et capable de tout, et surtout du pire, pour arriver à ses fins.

Un irrespect prémonitoire et salutaire

Cent ans exactement après la mort de son auteur, on ne peut que constater à quel point Ubu Roi marque une date dans l'histoire du théâtre du siècle précédent. Lors de sa création, l'oeuvre fit scandale. Pas tellement par l'abondance des Merdre et des Cornegidouilles... Plutôt en raison de son anarchisme démesuré, absolument irrespectueux, qui venait bousculer quelque peu l'ordre établi dans la bien-pensance bourgeoise de l'époque.

Née dans une cour de lycée, l'histoire emblématique du père Ubu annonçait joyeusement les catastrophes à venir et, notamment, la plus prochaine : la Grande Guerre 1914-1918 et ses millions de morts et de mutilés... Alfred Jarry fut aussi le génial inventeur de la pataphysique et inspira plus tard les dadaïstes, les surréalistes et les poètes radicaux du Grand Jeu, mais aussi des auteurs comme Ionesco, Beckett ou Boris Vian.

La mise en scène inspirée d'Alain Timar et l'interprétation des six participant(e)s oscillent avantageusement entre batailles de polochons, bal des Quat'zArts – de très improbables interventions pseudo-musicales aux cuivres viennent ponctuer l'action çà et là – la salle commune d'un asile psychiatrique et les rites de possession des « mages noirs » d'Afrique révélés jadis par Jean Rouch dans ses documentaires ethnographiques.
Tout cela est mené à un train d'enfer par une équipe qui fait preuve d'un dynamisme et d'un tonus peu communs, tout à fait réjouissant.
Ces comédiens, il faut décidément les citer tous : Marie-Charlotte Biais, Paul Camus, Alexandra Castellon, Sophie Mangin, Jean-Erns Marie-Louise et Roland Pichaud. Ils participent grandement à la réussite d'un spectacle qu'ils portent tout entier, et avec quelle efficacité, sur leurs épaules.

Henri LÉPINE (Avignon)

Ubu Roi, d'Alfred Jarry - Théâtre des Halles, Salle du Chapitre, Rue du Roi René, 84000 Avignon.

Ce spectacle sera repris pendant le Festival Off 2007 tous les jours à 17h30. Relâche le 14 juillet. Réservations (très conseillées) au 04 32 76 24 51. 
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