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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Flamand aux longues oreilles (Bruxelles)

ROMAN DE GUERRE

Stephen Shank adapte et met en scène un roman de l’écrivain bruxellois progressiste, quasi oublié, David Scheinert (1916-1996). Son Flamand aux longues oreilles, prix Rossel 1961, est une fable philosophique empreinte d’humour entre un pacifiste et un activiste face à l’Occupation nazie.

Comme une peinture rurale, le décor de Thierry Bosquet plante une remise de campagne encombrée de cageots et de patates. Le sol est forcément poussiéreux, renforcé par une fumée et la lumière d’Alain Collet qui pousse à la pénombre. Ambiance : terre, labeur, sueur. Nous sommes à Bossem, village flamand imaginaire, épargné par l’occupant nazi. Les habitants vivent dans une sérénité toute relative, les enterrements, qui succèdent aux enterrements, la kermesse du dimanche, les bizarreries du nouvel idiot du village, Pier Klok (Peter Ninane) et la peur des casqués allemands, canalisée par le forgeron Staf den Bul (Pascal Racan).
 Photo © DR

L'idiot et le taureau 

La pièce se concentre sur ces deux faces opposées d’un même combat : l’humanisme pacifique. Si Pier Klok est un idiot mystique, pacifiste absolu, Staf den Bul, lui, est le taureau solide prêt à défendre sa terre. Comme dans un roman philosophique, David Scheinert va questionner le prix de la rébellion, de la paix et de l'activisme. Car forcément, l’ennemi débarque, six casqués allemands qu’il faudra assassiner. Le village s'y met, Staf den Bul partage les meurtres entre lui, l’instituteur Joseph Staelen, dit Staline, Mathias le boucher, De Vos le cafetier, Jan le pharmacien et Neus le contrôleur des contributions, collabo douteux… Mais Pier Klok, en doux zinzin, fera échouer la mission, au grand dam de son ami-protecteur Staf den Bul…

Accents belgo-belges

David Scheinert est écrivain engagé de l’après-guerre, un poète qui se disait "juif hérétique, dont la famille fut décimée à Auschwitz." Le Flamand aux longues oreilles semble résumer les tourments de cet écrivain méconnu né en Pologne, exilé en Belgique. Stephan Shank a le mérite de le faire revivre. Malheureusement, sa mise en scène fervente dérape dans une exubérance baroque inutile, telle la musique, ou les bombardements en sons et lumières, ou encore l’apparition d’un Manneken Pis parlant.

Pour parfaire l’atmosphère le metteur en scène oblige ses interprètes, à forcer sur des accents, flamand, bruxellois, et même liégeois ! Une surprise, drôle d’abord, lassante ensuite mais qui, paradoxalement, donne du rythme à un spectacle, dont la théâtralité peine à prendre son envol définitif face au roman. Toutefois, la pièce est portée par un vieux routier du théâtre, qui vaut à lui seul le détour. Impressionnant, Pascal Racan joue dans le calme et la densité son personnage rugueux.
Il est entouré de deux jeunes comédiens (prometteurs) qui défendent (difficilement) des rôles moins évidents. Peter Ninane en idiot mystique, sans attrait et Jessica Gazon qui plonge, plus qu’elle ne se faufile, dans une panoplie de personnages. Soit. Avec la gueule de l’emploi, ils vont, près de deux heures durant, jouer tantôt les personnages (quand l’action le permet), tantôt poursuivre en chœur la narration romanesque (avec ses descriptions et ses commentaires). Reste que ce spectacle dynamique issu d’un roman d’après-guerre, est une audace certaine.

Nurten AKA (Bruxelles)

Le Flamand aux longues oreilles
Jusqu'au 10 mars, au Théâtre du Méridien, 200, chaussée de la Hulpe, 1170 Bruxelles. 0032/2/663.32.11. 
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