DEVENIR UN HOMMEC’est une pièce de boulevard qui se serait égarée dans les beaux quartiers. Tous les ressorts du boulevard sont là, mais l’auteur les fait rebondir à une hauteur où l’esprit les astique et les fait briller comme un sou neuf. La pièce est à l’image du décor, du Pop Art résolument tonique et déjanté, tout en volumes et en couleurs. Du Feydeau revu et corrigé par Andy Warhol. Sauf que dans une pièce de Feydeau, la psychologie est quasi absente, alors que chez Rémi De Vos, chaque action peut être perçue comme symbolique.

Photo © A. Fonteray
C’est une pièce qui a de l’écho. Nous sommes dans le salon très design de grands bourgeois. Pas de meubles, juste un espace où tout peut arriver, même rien. Ce long salon est bordé de fenêtres qui donnent sur un beau mur de pierres, c’est-à-dire sur rien, ou sur un obstacle à franchir. Derrière ce mur, il y a un jardin et un joli cours d’eau mais pour en profiter il faut sortir de la maison… Les personnages arrivent sur scène. Ils reviennent de l’enterrement de la grand-mère. De la crémation plus exactement. Simon (Micha Lescot) est venu soutenir Madeleine, sa mère (Catherine Jacob) dans cette épreuve. Mais la grand-mère était très vieille…
La véritable épreuve est surtout celle des retrouvailles entre mère et fils. Ils ne se sont vraisemblablement pas vus depuis longtemps. Le fils est parti vivre et réussir à Paris. La mère est restée et semble figée dans une routine qui sert d’écrin à son mal de vivre. Cet univers maternel vous plonge dans l’ennui et la torpeur. Pour éviter d’étouffer, Simon se sert régulièrement de son portable pour laisser des messages à ses collègues, comme s’il prenait à chaque coup de fil une bouffée d’air frais. Mais malgré cet acte de résistance, la réalité le rattrape. Dans cette réalité, il y a la mère, mais aussi une amie d’enfance et de coeur, Anne, venue le soutenir. Et au centre de ce monde, il y a l’urne qui contient les cendres de sa grand-mère. Cette urne va aider Simon à accomplir son destin qui est de sortir de l’état de fils pour devenir un homme.
Chic et chocAu départ du processus, une urne renversée et des cendres dispersées à l’insu de la mère. Quiproquos et mensonges vont alors se succéder jusqu’au dénouement… C’est très amusant et magnifiquement bien joué.
Catherine Jacob, qui tient l’affiche, est une mère taciturne qui vous envahit l’âme comme le ferait un brouillard mais qui a la folie distrayante.
Claude Perron, joue avec beaucoup de subtilité et d’élégance la névrose et la dinguerie. Elle forme avec Micha Lescot, un duo détonnant mis en scène de façon quasi chorégraphique. Attardons nous un instant sur Micha Lescot qui joue Simon. Diantre, quel acteur ! Un physique incroyable tout en finesse et en longueur avec une gestuelle extraordinaire entre le cirque et la danse. Mais surtout un univers très singulier qui allie un grand sens de gravité avec beaucoup de fantaisie et de drôlerie.
Cette pièce doit beaucoup à la mise en scène d’Eric Vigner qui signe également le décor. C’est plus qu’une mise en scène, c’est une scénographie. Décor, musique, gestuelle des acteurs, texte… Tout cela s’accorde avec beaucoup de rythme et d’élégance. C’est chic et choc. L’auteur, Rémi De Vos vient de recevoir le prix Théâtre 2006 de la Fondation Diane et Lucien Barrière pour
Jusqu’à ce que la mort nous sépare qui est sa troisième pièce.
Agnès GROSSMANN (Paris)
Jusqu’à ce que la mort nous sépare De Rémi De Vos
Mise en scène et décor Eric Vigner
Avec Catherine Jacob (Madeleine), Micha Lescot (Simon) et Claude Perron (Anne).
Jusqu’au 18 février Théâtre du Rond Point 2 bis, avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris Réservation : 01 44 95 98 21