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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Aspartame (Bruxelles)

UN TICKET POUR LA VIE

Connu pour son théâtre d’auteurs belges, le Théâtre du Méridien à Bruxelles et sa directrice et metteuse en scène Catherine Brutout crée Aspartame d’Eric Durnez. La mise en scène glisse en finesse deux comédiennes dans un duo de femmes d’aujourd’hui. Une fable contemporaine dans une atmosphère anthracite.
La pièce commence curieusement. A l’avant-scène, une jeune femme lit minutieusement des tickets de caisse de supermarché. Plus curieusement encore, au verso des bouts de poésie enflent le mystère de cette lecture inattendue. Ils annoncent, «Tête à tête à une tête», «Jamais assez», «Hiver maigre, objectif 48», «les objets bougent, Madame la Marquise est insomniaque»… Par petites touches, une spirale s’annonce.

Photo  © Théâtre du Méridien

Car Aspartame, par le biais d’un drame, fait contraster deux philosophies de vie. L’achat du vide pour l’une, la douceur de vivre pour l’autre. Lisa rentre d’Argentine pour ranger l’appartement de sa sœur, Maria, officiellement morte dans un accident de voiture, en réalité suicidée. Dans l’inventaire des tickets de caisse qui abondent, les mots parlent : «l’horloge s’est arrêtée, je suis déréglée». Elisa tente de déchiffrer ces messages codés.

Post-mortem


On retrouve l’écriture orale, pointue et limpide, teintée d’humour d’Eric Durnez, un auteur belge vivant en France, souvent primé au fil d’une trentaine de pièces de théâtre. Ici, il imagine un dialogue post-mortem entre les deux sœurs. Maria, tel un fantôme est toujours là. Entre deux tickets de caisses ramassés par Lisa, elle se raconte avec l’humour du désespoir et les jeux de mots qu’elle affectionne. Son histoire, c’est de l’aspartame, du bonheur dosé par le pouvoir édulcorant de l’achat compulsif. Hyper-adaptée à une vie effrénée entre l’entreprise et les supermarchés, elle bosse dur, remplit son caddie, gratte des billets de loterie et rêve de partir en «thalasso» avec son amant du moment. Jusqu’ici tout va bien.
Mais la pression monte, l’entreprise délocalise et licencie. La vie est à revoir et le faux sucre a ses limites. Les tickets de caisse accumulent les bouteilles d’alcool et les boîtes de tomates pelées. Les amis disparaissent, Maria tient bon puis craque et ouvre les vannes. Reste un journal intime écrit sur des tickets de caisse…

Pour déployer cette tragédie douce-amère, la metteuse en scène Catherine Brutout (qui signe ici sa première scénographie) a réuni une équipe accordée. Quelques murs capitonnés délimitent les espaces des deux personnages. Ce décor discret, loin de tout réalisme est mis en relief par les lumières sombres de Guillaume Fromentin. Tandis que la «spatialisation» sonore d’Abderahman El Asri faites de murmures et de souffles, souligne l’étrangeté du drame. Dans cette construction poétique d’atmosphère nocturne, les comédiennes ont le dernier mot. Si Valérie Coton met un temps à s’installer dans le rôle le plus exposé, les humeurs variées de Maria, Peggy Thomas interprète Lisa dans un dosage et une intériorité d’emblée impressionnants. Du bel ouvrage.

Nurten AKA (Bruxelles)

Aspartame, d’Eric Durnez au Théâtre du Méridien
Jusqu’au 2 décembre au Théâtre du Méridien,
200 Chaussée de la Hulpe, 1170 Watermael-Boisfort. 0032/2/663.32.11.
Les pièces d’Eric Dunez sont publiées aux éditions belges Lansman.
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