LA PASSION AMÈRE DE LA CHAIRIlka Schönbein, par un travail sur la lenteur et la grimace, au travers de masques, de bribes de vêtement, de tâches rouges et noires, se métamorphose sur scène en une chair passionnelle, qui crie la jouissance et la douleur. Elle joue quelques mots, de brèves phrases en allemand, la sonorité gutturale se mêle à la chair remuante. Le plateau reste dans la pénombre, les masques bruts et violents représentent des morceaux de visage et de corps, les yeux des masques d’enfant sont bleus et lumineux, mais ils sont si tristes !La scène de
Chair de ma chair est celle d’un cirque. Un deuxième personnage, représenté par Nathalie Pagnac, présence figée, peau teinte en blanc, sourire doux et terrible, introduit les numéros d’Ilke Schönbein. A d’autres moments, la présentatrice est accroupie sur une machine à écrire et interprète l’écrivaine roumaine Aglaja Veteranyi pendant qu’elle crée son récit mémoire,
Pourquoi l’enfant cuisait dans la Polenta, sur une enfant de la balle et la relation avec sa mère et avec la solitude.

Photo © DR
Les numéros interprétés par Ilka Schönbein sont des fragments de la vie de cette enfant, et de son métier dans le cirque, ses différents rôles d’enfant-monstre. Ilka Schönbein déforme son visage comme une enfant débile et rêveuse, elle se tue elle-même, elle se viole elle-même, au travers d’un langage à la limite de la danse et du théâtre, rauque et effilé dans chaque geste.
Au début de
Chair de ma chair, le public est accueilli par Bénédicte Holvoote, qui joue Mademoiselle, serveuse d’histoires et de poésies, des petites formes qui évolueront en une création future au Grand Parquet. Holvoote accueille un ou deux spectateurs sous son parapluie, et leur livrecomme en un jeu des poésies de passion dévastatrice, comme celles de Rainer Maria Rilke, fidèle aux sentiments du spectacle de Schönbein. Puis, lorsque le public est assis dans la salle, la comédienne offre des poupées, raconte leur vie, cherche des genoux de spectateur où les poupées puissent assister au spectacle.
Le chapiteau mystérieux et chaleureux du Grand Parquet est né au sein du quartier Chapelle-Aubervillers. Au travers de différentes actions sociales, ce théâtre essaie de travailler et de jouer avec tous les publics. Le directeur, François Grosjean, écrit dans la fiche de présentation du théâtre :
« Avant de faire un théâtre du discours, nous souhaitons faire un théâtre de sensation ». En effet,
Chair de ma chair est avant tout un théâtre amer d’émotions, mais qui offre aussi un discours original sur le corps, sur la passion mère et fille, sans tomber dans la psychologie ou dans la complaisance érotique, et qui porte le spectateur à réfléchir après l’émerveillement.
Mattia SCARPULLA (Paris)
Chair de ma chair, mise en scène et interprétation d’Ilka Schönbein, en collaboration avec Nathalie Pagnac, a été présenté du 13 octobre au 5 novembre au Grand Parquet, Paris.
Pourquoi l’enfant cuisait dans la Polenta, d’Aglaja Veteranyi est publié aux Editions d’en Bas, coll. l’Esprit des Péninsules, 2004
La création fait partie de la trilogie Mamans Fatales (Chair de ma chair, Le Loup et les sept chevreaux –jeune public -, et Un Foid de kronos – à partir de douze ans), accueillie fin octobre au Grand Parquet.
Reprise de
Chair de ma chair au Théâtre de la Commune : du vendredi 12 au samedi 27 janvier 2007. Informations : Le Grand Parquet 20 bis, rue du Département 75018 Paris Tél : 01 40 05 02 30 / 06 33 51 28 11