FARCE ET ATTRAPESComment vous mettre dans l’ambiance ? Prenez un PSDN, un petit souvenir de neige, vous savez ces boules de verres ou de plastique dans lesquelles on a mis des paysages ou des personnages sur lesquels il neige quand on agite la boule. Tout le monde connaît ça. C’est le monde du silence version kitsch.
Amusant et désespérant.
Le Cabaret des hommes perdus pourrait tenir tout entier dans un PSDN. C’est aussi pittoresque, aussi dingue, aussi pathétique et l’on aurait bien envie de mettre le spectacle dans sa poche pour le ramener chez soi et le poser sur une étagère. On pourrait le regarder les jours de spleen et alors on se sentirait moins seul. Sauf que, bien mieux qu’un PSDN, ce cabaret est plein de musique, de chants et de danse. C’est du cabaret au sens berlinois du terme. Une satire déjantée, sociale et culturelle du milieu gay. La charge est à la fois cruelle et tendre.

Photo © Philippe Delacroix
Voici donc la triste mais rigolote histoire de Dickie Tayer, contraint par le destin à devenir une porno star gay. Le jeune homme perdu venu se réfugier au cabaret se voit entraîner dans une course folle qui traverse tous les clichés et tous les délires du monde homosexuel. C’est à la fois noir et rose bonbon. D’autant que Dicky n’est pas seul sur son parcours mais sans cesse guidé par trois âmes damnées revenues de tout même de l’enfer. Les trois trublions font tourner notre candide comme une boule à facettes qui reflètent toute la folie et l’étrangeté du monde et aussi toutes ces solitudes qui s’agrippent sans se réchauffer.
C’est dérangeant et bouleversant. C’est merveilleusement bien joué et chanté par quatre comédiens accompagnés par un pianiste en fond de scène. C’est totalement exubérant et franchement drôle. Un peu cru, ce cabaret n’est pas fait pour les enfants de chœur mais bien mieux, c’est un spectacle qui fait chaud au cœur. Comme un bon whisky, à boire cul sec en regardant un PSDN... Un seul regret. Dimanche, le public était très nettement à dominante gay. La culture gay intimiderait-elle les hétéros ?
Le Cabaret des hommes perdus est pourtant ouvert à tous et n'a rien du club. Et cela vaut le coup d’y entrer !
Agnès GROSSMANN (Paris)
Lire aussi la chronique de notre journaliste Ange LISE. Le Cabaret des hommes perdus De Christian Siméon
Metteur en scène : Jean-luc Revol
Avec Denis d’Arcangelo, Sinan Bertrand, Alexandre Bonstein et Jérôme Pradon.
Théâtre du Rond-point 2 bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75008 Paris
Réservation : 01 44 95 98 21 - Jusqu’au 3 décembre 2006