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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Gens de Séoul

COLONIALE ATTITUDE

Un décor simple et superbe. Une pièce de couleur lie de vin avec deux ouvertures d’un rouge vif luminescent qui donne un caractère insolite à l’espace très stylisé. Au milieu, une longue table moderne en bois et des chaises tout autour. Des personnages de la pièce viennent s’y asseoir en même temps que les spectateurs prennent place dans la salle.

D’emblée, la mise en scène place le public en parenthèse lui donnant un instant le droit de regard sur un moment de la vie de la famille Shinozaki, des riches colons japonais installés en Corée à Séoul. Une journée ordinaire pour la petite communauté composée de membres de la famille et de serviteurs familiers, tous donnant le même sentiment d’être des expatriés, les colons de leur pays, les locaux de leur culture. Dans cette pièce à vivre, autour de cette table à manger, on boit le thé et l’on parle, de tout, des habitudes alimentaires, des façons de se vêtir, des manières de vivre différentes. Dans ce contexte familier et convivial, on assiste aux rapports dominés dominants que semblent entretenir dans une même connivence colons et colonisés, maîtres et serviteurs.
 Photo © Franck Beloncle

L’auteur, Oriza Hirata, né à Tokyo en 1962 est considéré comme l’un des grands auteurs et metteurs en scène japonais. Avec Gens de Séoul, il a voulu évoquer « ce sentiment partagé de supériorité d’une nation ou d’un individu sur un autre ». C’est réussi. Avec beaucoup de subtilité, la pièce montre l’arrogance des uns et l’acceptation des autres, tous victimes de leur aliénation au discours dominant, alors même qu’ils entretiennent parallèlement autour de cette table des relations quotidiennes chaleureuses et universelles. Au-delà du discours, il faut applaudir le jeu des seize acteurs d’un très grand naturel et d’une grande justesse et aussi dotés d’une belle gestuelle. Ils entrent dans la salle à manger, s’assoient autour de la table, parlent, s’apostrophent les uns les autres, se lèvent, sortent, reviennent dans une chorégraphie du quotidien très gracieuse. Comme le décor, les costumes sont à la fois d’une grande pureté dans leur coupe et insolites dans le choix des couleurs. L’ensemble est très élégant et d’une tonalité très particulière.

La mise en scène d’Arnaud Meunier réunit tous les talents de la scénographie et fait qu’il émane de Gens de Séoul une vibration éclatante du quotidien. Sous une forme très esthétisante, on sent constamment affleurer un fond nauséabond comme une caresse meurtrière. C’est une pièce qui a de l’allure. Sa subtilité peut parfois la desservir en la privant de moments forts. À la fin de la pièce, quand la parenthèse se referme sur la famille Shinozaki, les applaudissements sont d’abord timides puis s’affirment jusqu’à se scander comme si les spectateurs avaient eu d’abord besoin de s’interroger sur leur plaisir avant de l’exprimer. Le succès s’impose finalement pour cette pièce au charme insidieux.

Agnès GROSSMANN (Paris)

Gens de Séoul
Texte de Oriza Hirata
Mise en scène Arnaud Meunier
Scénographie : Camille Duchemin Costumes : Sophie Schaal
Compagnie de la Mauvaise Graine.

Du 5 au 28 octobre au Théâtre National de Chaillot - Salle Gémier.
Théâtre National de Chaillot 1 place du Trocadéro 75116 Paris
Tel : 01 53 65 30 00

Tournée :
Comédie de Reims du 10 au 13 janvier 2007
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines su 16 au 20 janvier 2007
Forum du Blanc-Mesnil du 25 au 27 janvier 2007
Maison de la Culture d’Amiens du 31 janvier au 1er février 2007
Granit de Belfort : 7 février 2007
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