UNE MECANIQUE INFERNALE Sur une île isolée de garnison, dans une citadelle déserte, un vieux capitaine et sa femme s’apprêtent à fêter leurs noces d’argent. Les remarques ironiques et la drôlerie qui flottent au début de la pièce sont vite remplacées par des mots cruels et rageurs. La violence monte et les uppercuts qui ne sont que verbaux au début deviennent de vrais coups à la fin du temps imparti. Habillée de sa robe de mariée et parée d’un voile, Alice n’est pourtant pas l’image de la félicité. Pas plus que ne l’est Edgar son mari. Ce soir, c’est la réminiscence morbide de vingt-cinq années de conflit, de rancœur et d’espoirs perdus qu’ils mettent sur le tapis. Au propre comme au figuré puisque l’adaptation de Dürrenmatt de la pièce de Strindberg intitulée « La danse de la mort », transforme la scène en un ring, où les douze rounds s’enchaînent ponctués de coups de gongs.

Restés tapis pendant toutes ces années dans cette habitation isolée avec pour seul interlocuteur l’autre, ces deux êtres en sont venus à se haïr et à se prêter mutuellement les raisons de leurs propres échecs et désillusions. Elle, une ancienne actrice ratée et lui, un écrivain militaire inachevé ont uni leurs vies pour n’attirer que malheur, tristesse et pauvreté puisque, comble du sort, ils sont à présent ruinés.
Alors qu’ils fêtent âprement leur anniversaire, arrosé de paroles sanglantes et cinglantes, nos deux protagonistes sont interrompus par l’arrivée du cousin Kurt. Ce dernier va bouleverser leur quotidien et pendant toute la durée de sa présence, le couple ne va que se déchirer plus amèrement et violemment pour en arriver finalement aux mains, les mots n’étant plus suffisants et la folie les gagnant peu à peu.
Un quotidien sans surprise La mise en scène de Alain Alexis Barsacq, met en exergue le ridicule, l’isolement et la cruauté d’un quotidien réglé au millimètre dans lequel les protagonistes vont même jusqu’à répéter de façon mécanique des phrases identiques. Les jours de leur vie se répètent et se ressemblent. Ils sont chaque matin un peu plus noir et la distance qui les sépare du monde extérieur grandit peu à peu. On entend les relents de fête dans une maison voisine qui viennent contraster avec le silence de leur solitude partagée. La présence sur scène d’un narrateur extérieur qui fait le décompte des rounds crée un décalage qui allège la charge tragique pesant sur l’action.
Si le texte est un régal de cynisme, le jeu des trois acteurs lui est un régal d’intensité. Agathe Alexis est une Alice à l’abord charmeur et exalté qui se révèle manipulatrice et cruelle au fil des rounds. Philippe Hottier campe Edgar, un capitaine tyrannique aux sautes d’humeur ravageuses. Quant à Dominique Boissel, il est Kurt, le personnage le plus mystérieux de ce trio destructeur, arrivé dans la garnison pour d’obscures raisons.
Anne CLAUSSE (Paris)
Play Strindberg
de Friedrich Dürrenmatt
Durée 1h50
Mise en scène : Alain Alexis Barsacq
Avec : Agathe Alexis, Philippe Hottier, Dominique Boissel, Frédéric Boubet
Au Théâtre de l’Atalante, jusqu'au 20 juin 2009. Lundi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 19h, dimanche à 17h. Relâche le mardi.
Place Charles-Dullin (impasse à gauche)
75018 Paris
Metro : Anvers, Pigalle, Abbesses.
Téléphone : 01 46 06 11 90
www.theatre-latalante.com