Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
EMBELLIES PLASTIQUES
La Maison des Métallos a accueilli pour ses premières représentations parisiennes ce spectacle sans parole à l’esthétique très soignée. La participation du plasticien Rafael Grassi apporte à cette composition –brodée par Mariapia Bracchi autour de l’idée du manque et de la perte- une originalité certaine…
Après On dormira quand on sera mort, la compagnie du Goudron et des Plumes poursuit sans mot dire son aventure théâtrale... Mêlant mime, chorégraphie et arts plastiques, Chronique des jours de pluie se veut avant tout une proposition artistique ouverte, «un spectacle à inventer de toutes pièces» comme aime à le dire la metteuse en scène qui a orchestré cette «partition muette » comme des variations autour d’un même thème.
Dire la perte, le manque ou la séparation sans l'aide des mots. A la place, mobiliser le mouvement. Celui des corps, du temps, de la matière, des couleurs. A l'aide des gestes, traduire l'éphémère. Caractériser ce qui passe, ce qui laisse des traces. Telle est l'intention à l'origine de cette forme artistique hybride. L'idée est ambitieuse et, certes, offre au spectateur de nouveaux plaisirs à goûter. Pourtant le résultat se heurte aux écueils qu'elle engendre : la forme l'emporte sur le fond.
Le poids des mots
Sur scène, les six comédiens composent et recomposent comme des «instantanés» des situations dont on pense saisir le sens jusqu'à ce qu'un indice ne vienne contredire la première intuition. Une réunion de famille ? Un deuil ? Non. Un anniversaire ? Qui a perdu quoi ? Un parent ? Un amant ? Un emploi ? Difficile, en effet de dégager une trame narrative de ce spectacle composé d'une succession de tableaux à l'esthétique tout aussi soignée les uns que les autres mais sans liens évidents qui viendraient en faire autre chose que des fragments d'un tout dont il appartient à chacun de créer l'unité.
Malgré le jeu irréprochable des comédiens, les délicats habillages sonore et lumineux, les différentes scènes ne parviennent pas à transmettre toute l'intensité de leur propos. Les mots, par leur absence, nous montrent combien ils sont précieux. Comme si les oreilles étaient la voie du cœur. Le soin apporté à la scénographie placée sous le regard d'une chorégraphe et d'un plasticien, la sobriété du décor et les réalisations de l'artiste durant la représentation sont autant d'éléments qui viennent renforcer le contraste saisissant entre ce qui se voit et ce qui se vit. Pour autant, ce spectacle ne saurait laisser indifférent. Une belle performance artistique qu'on a envie de saluer.
Idrissa SIBAILLY (Paris)
Chronique des Jours de Pluie - Partition pour six acteurs et un plasticien
La compagnie du Goudron et des Plumes
Conception et mise en scène: Mariapia Bracchi
Chorégraphie: Edwige Wood
Interventions platiques: Rafael Grassi
Univers sonore : Jean-Jacques Palix
Avec: Mariapia Bracchi, Emmanuel Clarke, Illitch L'Hénoret, Laurent Mothe, Emmanuelle Paquet, Isabelle Vellay, Rafael Grassi
Présenté à la Maison des Métallos.
94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011
Métro Saint-Maur/ Parmentier
Du 15 au 30 avril 2009
Dates à suivre sur www.goudron-et-plumes.org