DÉLIRE LINGUISTIQUE POUR MONDE APOCALYPTIQUE Trois générations de femmes se débattent dans un monde en perte de repères. De A à Z, elles font vivre la folie lexicale de Paul Pouvreur, qui «cherchait le moyen de faire le bilan de notre époque dans une forme atypique ». Descente vertigineuse dans les affres de l’amour et de la sexualité, où la notion de personnage se perd pour mieux faire vivre les ingéniosités du langage. Quatre comédiennes, assises au bord d’un cratère, regardent le public,installé de part et d’autre de ce dispositif pentu. Leur complicité langagière, à la fois complexe et ludique, nous pousse à une écoute attentive. Elles n’existent que par les mots et leurs infinies possibilités. Elles sont là pour nous les transmettre, car ils sont leur histoire.
A comme Apparence. B comme Badgadisation. C comme Causalité. D comme Délire. L’abécédaire structure un récit sans linéarité, permet de multiplier les thématiques tout en restant – prouesse de l’écrivain – collé au récit personnel : Julie aime Julien. D’un amour romantique naît un besoin maternel, et Guilaine, peut-être le fruit d’une relation passionnelle, ou de l’imagination. Guilaine aime Guilain, même si elle doute de sa sexualité.
Adolescente atypique, elle assiste au suicide de son père dans leur magasin
de porcelaine, et à la lente décrépitude de sa mère, vivante à moitié pendue. Puissante dans son rôle de femme moderne indifférente, elle est pourtant aussi perdue que sa mère. Quant à sa fille, Camille, elle aimera Camille au masculin, mais ne daignera jamais lâcher les urnes funéraires de ses aïeules.
Un texte qui vibre pour la scène Images et paroles sont des sous-titres à interpréter, des électrochocs pour notre inconscient collectif. Rien n’est explicite, tout est avant-gardiste. Ni narrativité ni moralité. Rien n’est tout noir ou tout blanc. A nous de nous laisser porter, avec une attention intellectuelle soumise à rude épreuve.
La longueur du texte (trois tomes en une soirée !) est contrecarrée par des rebondissements scéniques dévoilant toute la force d’interprétation des comédiennes, qui passent du masculin au féminin, construisent et déconstruisent multiples rôles, notamment avec l’aide des costumes qui soutiennent un univers décalé et ultra-moderne. La dynamique scénique permet au spectateur de s’impliquer dans ce texte loufoque, violent, fragmenté et plein de vérités langagières. Un monde saisissant, au bord du gouffre.
Julie LEMAIRE (Bruxelles)
Au théâtre du Rideau de Bruxelles (
www.rideaudebruxelles.be), Rue
Ravenstein, 23, 1000 Bruxelles du 17 mars au 4 avril 2009, à 19h15.
Durée du spectacle : 2h45 + entracte
L’abécédaire des temps modernes (tome 1,2 et 3)
Texte : Paul Pourveur
Mise en scène : Michel Delaunoy assité de Laurence Adam
Distribution : Anne-Claire / Patrizia Berti / Annick Johnson / Sylvie
Landuyt
Scénographie : Philippe Henry
Costumes : Alain Wathieu
Lumières : Laurent Kaye
Décor sonore & régie : Lorenzo Chiandotto
Maquillages & coiffures : Serge Bellot
Chorégraphie : Edith Depaule
Composition musicale, travail du chant, polyphonies vocales et clavier :
Muriel Legrand
Musiciens en studio : Pierre Quiriny (percussions & marimba), Renaud
Dardenne (guitare)
Montage technique : Gauthier Minne
Texte en néerlandais : Rudi Bekaert
Photos © Alessia Contu