Le public de la salle Richelieu de la Comédie Française a fait un triomphe lors de la première de la pièce « La Grande Magie » d'Eduardo de Filippo (1900-1984) mise en scène par le Britannique Dan Jemmett. Ce spectacle de grande tenue marque l'entrée au répertoire de la maison de Molière de l'écrivain italien.
Une lumière pleine de Méditerranée. On devine un bord de mer, un bel hôtel un peu vieillot, des terrasses, une esplanade... Un décor d'opérette années 1940-1950 pour touristes en villégiature. Quand le temps passe entre concerts, bals et attractions. Quand l'illusion fait partie du divertissement. Les femmes portent bibis et jupes qui cachent juste un peu leurs genoux. Les hommes restent encore engoncés dans des costumes trois pièces .
Avec cette « Grande Magie » de Eduardo de Filippo - quatrième auteur italien à entrer au répertoire de la Comédie Française -, le metteur en scène Dan Jemmett fait passer un souffle grandiose de poésie sur la scène. Tout fonctionne dans une fluidité exemplaire. Ce décor très élégant se transforme tout aussi facilement en intérieur étriqué qu'en vaste vestibule de maison de maître. Cette intrigue relève au départ de la fumisterie - un magicien en fin de carrière, Otto Marvuglia (Hervé Pierre dans le rôle), fait disparaître dans un sarcophage 'égyptien' la femme Marta (Coraly Zahonero) d'un grand bourgeois jaloux, Calogero Di Spelta (Denis Podalydès). Et l'histoire finit dans le grand trouble des âmes.
Un final sidérant
Tours de passe-passe, argent qui brûle les doigts. Cette « Grande magie » repose sur un postulat inventé par de Filippo : Marta est, selon l'explication donnée par le magicien, enfermée dans une boite. Boite qu'il tend au mari Calogero complètement effondré, bien sûr, en le mettant dans une posture existentielle insupportable entre le désir d'ouvrir la boite ou de la laisser fermer... Ne dévoilons pas le stratagème, le piège est terrible. Mais le magicien a besoin de sous et il sait, lui, que Marta s'est faite la belle avec son amant Mariano D'Albino (Michel Favory) qui avait tout manigancé.
Le metteur en scène Dan Jemmett accélère le rythme de la pièce jusqu'aux gags parfois. Mais les rebondissements tombent en cascade sans jamais perdre de leurs saveurs. Jusqu'à ce final d'une grande force émotive, tragique, provoquant un état de quasi sidération.
La mise en scène est d'autant réussi qu'elle est soutenue par une équipe du Français très homogène. On devine les comédiens heureux d'être là. Tous devraient être cités. Mais soulignons la force magique d'Hervé Pierre qui se joue de tout sans coup férir. Et cette formidable intelligence et subtilité dans le jeu de Denis Podalydès. Il place son personnage dans un univers de désespoir rarement atteint. Cette grande magie du théâtre est ici portée à son meilleur.
Jean-Pierre BOURCIER (Paris)
La Grande Magie d'Eduardo De Filippo
Mise en scène : Dan Jemmett Texte français : Huguette Hatem Scénographie : Dick Bird Costumes : Sylvie Martin-Hyszka Lumières : ArnaudJung Effets magiques : Alafrez Maquillages et coiffures : Véronique Nguyen
Avec Claude Mathieu, Michel Favory, Isabelle Gardien, Cécile Brune, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Loïc Corbery, Hervé Pierre et Judith Chemla.
Durée : 1h50 Jusqu'au 19 juillet en alternance Comédie Française, salle Richelieu. Tél.: 0 825 10 16 80. www.comedie-francaise.fr