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DE L’ART DE SÉDUIRE
Fort de ses multiples représentations des « Noces de Figaro », le théâtre des Champs-Elysées présente une nouvelle fois cette création majeure de Mozart, dans une mise en scène cadencée, signée Jean-Louis Martinoty.
Figaro nage dans le bonheur à l’idée d’épouser la belle mais diablement calculatrice Suzanne. Jusqu’à ce qu’elle lui avoue que le Comte Almaviva la courtise en cachette de la Comtesse, symbole de la femme trahie par ce mari tyrannique qui se plait à malmener Cherubino, jeune éphèbe que les femmes adorent. Furieux, l’amant déçu décide de se venger. Commence alors une folle journée, rythmée de quiproquos, tromperies et sarcasmes, et menée par des personnages aux caractères affirmés et souvent fourbes.

Cherubino est remarquablement interprété par Anna Bonitatibus qui, non seulement réussit à faire ressortir, par une gestuelle tour à tour audacieuse face aux femmes et craintive face aux hommes, toute l’ambiguïté de son rôle, mais dévoile en plus une voix - mezzo-soprano – aussi puissante que juste. Son amour platonique, la Comtesse, (Maija Kovalevska) fait preuve d’un même coffre, un ton au dessus. Elle impose une présence scénique et vocale impressionnante, notamment dans les moments de solitude où la plainte affecte son discours.
Cette plénitude n’a malheureusement pas la même intensité chez Suzanne (Olga Peretyatko). Et même si sa voix gagne en volume au fil du spectacle, elle reste souvent étouffée par la mélodie harmonieuse de l’orchestre remarquablement dirigé par Marc Minkowski. Il en va de même pour son compagnon, Figaro (Vito Priante). Face au Comte Almaviva dont la voix baryton est posée et maîtrisée, il témoigne d’une moindre éloquence.
Un décor au service du jeu
Les trois heures et demie de ces « Noces » ne lassent pas un instant. Mieux, elles attisent l’attention du spectateur grâce à la qualité d’un texte aussi romantique que persifleur, d’une intrigue pleine de rebondissements, et d’une mise en scène originale. Jean-Louis Martinoty crée un espace scénique atypique. Une scène surélevée, marquée par une déclivité horizontale et verticale. Décorée de tableaux colorés qui apparaissent et disparaissent au grès de fils d’où ils sont suspendus, cette scène prend des allures surréalistes.
Mais plus qu’un simple effet esthétique, cette scénographie participe à la dimension comique de l’opéra de Mozart en renforçant l’humour, l’insolite et la confusion de certaines situations. C'est le cas à l’acte IV pendant lequel les personnages se servent gracieusement du décor pour se cacher, surprendre ou se faire surprendre. Dans cette version généreuse et soignée, tout est mis en œuvre pour porter l’opéra et souligner ses subtilités. Une belle manière de rendre hommage au génie du compositeur salzbourgeois.
Cécile STROUK (Paris)
Le Nozze di Figaro (Paris)
Opéra-bouffe en quatre aces (1786)
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret de Lorenzo Da Ponte, d’après « La Folle journée ou Le Mariage de Figaro » de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
Direction musicale : Marc Minkowski
Mise en scène : Jean-Louis Martinoty
Décors : Hans Schavernoch
Costumes : Sylvie de Segonzac
Lumières : Fabrice Kebour
Chorégraphie : Cooky Chiapalone
Interprétation : Vita Priante (Figaro), Olga Peretyatko (Susanna), Pietro Spagnoli (Le Conte d’Almaviva), Maija Kovalevska (La Contesse), Anna Bonitatibus (Cherubino), Antonio Abete (Bartolo), Sophie Pondjiclis (Marcellina), Amanda Forsythe (Barbarina), Jean-Paul Fouchécourt (Don Basilio), Serge Goubioud (Don Currzio), Davide Pelissero (Antonio) et les Musiciens du Louvre-Grenoble
Photo © Alvaro Yañez