FAUX TIFS ET COUPABLES PERRUQUES C’est un ballet désastreux de niaiserie qui habite le Trianon en ce moment. L’opéra rock psychédélique de 1969 est remonté dans une version branchouillarde 2009 où s’affiche un manque de talent généralisé. Cet ersatz de spectacle n’est pas un hommage à son ainé. Il en est le fossoyeur! Qui sont les fautifs ? On devrait plus souvent se fier aux prologues des spectacles et se barrer illico en courant afin de s’épargner durant deux heures la confirmation de ce qu’annoncent d’emblée les premières secondes. Sur scène déboule un énergumène, fagoté comme un bonze népalais qui aurait piqué sa jupette à Ben Hur. Il nous prévient que le portable, ça dérange autant que les photos, les prises de vue, la clope. Avant de jouer la démagogique carte du « Il est interdire d’interdire » brandi comme un manifeste et d’enchaîner sur un propos au pacifisme bêlant « Faites l’amour, pas la guerre ». Evidemment tout cela ne peut qu’augurer des vivats, même si le « comédien » butte sur les mots et fait montre d’une totale absence de talent.

Le show démarre sur ces considérations. Première chanson en anglais. L’orchestre ? Ne rêvez pas ! Peace, love and money, triangle institutionnel du spectacle avec surenchère très appuyée sur le troisième sommet toutefois. Donc l’orchestre, vous pouvez toujours l’imaginez si imagination galopante vous avez car se figurer des musiciens jouant cette cacophonie révèle quand même une piètre opinion à l’endroit de ces travailleurs besogneux qui enchantent les vraies formations.
Niaiserie à tous les niveaux
L’anglais va céder sa place au français dans les chansons. Probablement pour assurer la continuité dans la niaiserie avec les propos intercalés entre les phases musicales. A ce titre, l’objectif est atteint. On convoque tous les éléments qu’il faut bien intégrer pour conduire le spectacle de 1969 vers les ères 2000. Couche d’ozone, clé USB, Facebook, vont ainsi se relayer pour assurer ce bond de quarante ans, abandonnant beaucoup de choses au passage. En effet, pas le moindre déviationnisme, aucune surenchère dans ce qui constituait la quintessence sulfureuse du « Hair 1969 » et l’avait propulsé comme manifeste de toute une génération ne vont jouer les trouble-fêtes.
Les gentils comédiens sur scène sont des corps, tablettes de chocolat ostensiblement et outrageusement balancées à la figure d’un public qui n’a plus qu’à se rincer l’œil et se boucher les oreilles. Car ça chante fort et mal. Une cacophonie dans un décor d’une assez ahurissante laideur (même si on comprend bien qu’il cherche à mettre en valeur les couleurs des costumes), des chorégraphies qui n’en méritent pas le nom, un propos d’une démagogie vomitive et, pour couronner le tout, une fausse pudibonderie là où la version 69 n’hésitait pas à en balancer plein la figure aux bourgeois médusés. Là, deux paires de fesses seront le seul outrage à la pudeur. C’est dire qu’il n’y a vraiment rien à voir dans ce spectacle…
Franck BORTELLE (Paris)
Hair
Comédie musicale rock de Gérôme Ragni et James Rado
Musique : Galt Mac Dermot
Adaptation française : Sylvain Meynia
Mise en scène : Ned Grujic
Chorégraphie : Raphaël Kaney-Duverger
Assistantes : Sonia Sariel et Laurence Perez
Direction Musicale : Andrés Villani et Alberto Centofanti
Direction Artistique : Marco Daverio
Décors : Giuliano Spinelli
Costumes : Sara Bianchi
Lumières : Danilo Larosa
Direction vocale et chœurs : Emanuele Friello
Avec Fabian Richard, Liza Pastor, Laurent Ban, Mélusine, Antoine Lelandais, Marc Beaujour, Tiphanie Doucet, Billy Tran, Magali Bonfils, Yoni Amar, Daniel Deylon, Julia Giamette, Yvana Verbecq, Caroline Bal
Théâtre du Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, 75018 Paris (Métro : Anvers)
Du mardi au samedi à 20h00 et matinée le dimanche à 15h30
Durée : 2h10