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RENAITRE A LA VIE ET VIVRE SA RENAISSANCE
Alain Macé, seul en scène, transfigure le texte difficile de Jean-Luc Lagarce dans un concentré de condition humaine ou drôlerie et férocité se renvoient les mots dans un spectacle très court mais intense. Lumineux.
Jean-Luc Lagarce est aujourd’hui l’auteur le plus joué en France. Est-il le plus lu ? Probablement pas. L’écriture déroute, dérange, déstabilise. Un style catatonique fait de itérations discursives qui, couchées sur du papier, peuvent lasser. Mais si un comédien sait les lever, les prendre en bouche, en faire sortir tout le potentiel d’oralité, tout change, tout s’éclaire.

Le narrateur est un malade sortant du coma. Il découvre un monde. Il redécouvre le monde. Avec une acuité qui revient vite et lui permet rapidement de montrer qu’il n’est pas dupe. La férocité s’invite au propos. Férocité à l’égard du personnel médical, de la famille, de tout le monde. Inévitablement la férocité va faire rire. Car le texte est immensément drôle. Comme le sont les chants les plus désespérés lorsqu’ils ne s’encombrent pas d’un pâteux pathos.
Résurrection ou renaissance ?
Un décor d’une confondante simplicité. Une toile tendue de part et d’autre de la scène. Un rond de lumière crue en son centre. Le personnage montre sa tête. La tête passe toujours en premier sinon c’est l’arrivée par le siège, l’asphyxie, la figure cyanosée, l’étouffement. Naissance ? On est porté à le croire un moment. Drôle de bébé, certes, mais pourtant… Ce n’est que progressivement que se mettent en place les éléments qui ne laissent plus de doute. Mais au fond la sortie d’un coma, c’est l’extraction d’un néant. Les tubulures médicamenteuses en plus… Alors, résurrection ou renaissance ?
A ses côtés, le narrateur s’entoure d’un énigmatique personnage, A. Comme Autre ? Comme Ange (gardien) ? La lettre, la première, comme symbole de début, de renouveau, de tous les espoirs. A comme apprentissage… Les lectures sont multiples. A l’image du texte qui métaphoriquement peut évoquer le renouveau mais aussi l’indispensable rapport à l’autre.
En s’emparant de ce matériau difficile, Alain Macé court un risque évident. Le faux pas ne pardonne pas devant un texte de cette exigence. Le défi est relevé. Magistralement. En un peu moins d’une heure, le comédien démontre une intensité de jeu qui calque parfaitement celle du texte. Modulant sa voix pour mettre en exergue certains mots et faire ressortir la musicalité de ce phrasé, accompagnant sa parole de gestes mesurés mais amples, il entraine le public dans un tourbillon existentiel où l’espoir sort grand vainqueur. C’est beau, une telle leçon de vie prodiguée par un tel serviteur, médiateur aussi privilégié qu’indispensable entre les mots difficiles d’un auteur et le public.
Franck BORTELLE (Paris)
L’apprentissage
Texte : Jean-Luc Lagarce
Mise en scène : Sylvain Maurice
Avec Alain Macé