Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

Publicité

S.O.S Soldi Opera Street, d’Eugenio Allegri

LA DOMINATION POPULISTE ITALIENNE

Le Teatro Stabile (équivalent d’une scène nationale) domine la scène théâtrale turinoise avec le Teatro Regio. La programmation du Regio est dédiée à l’opéra lyrique, avec des parenthèses de danse classique et contemporaine et de musique. Le Stabile accueille la prestigieuse prose classique italienne, des noms tels que Castri, Lavia, Orsini et Mauri y présentent chaque année leur nouvelle création, souvent des réécritures de classiques.
Ces dix dernières années, le Stabile s’est ouvert à la scène internationale au travers d’artistes étrangers (Robert Lepage), ou d’italiens ‘auto-exilés’ dans des pays où l’art vivant est davantage aidé (Pippo Del Bono). Et depuis quelques années, la saison du Stabile accueille aussi des talents du théâtre expérimental : Marcido Marcidoris, Beppe Rosso et Eugenio Allegri.


Allegri travaille depuis longtemps sur la traduction des classiques dans un langage populaire qui puisse attirer des publics hétérogènes. En effet, lors de la représentation de S.O.S Soldi Opera Street (S.O.S, Argent Opéra Street), comédie musicale inspirée des songs de l’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht, des individus de toutes classes sociales ont rempli la salle du Teatro Gobetti, l’un des lieux historiques de la monarchie Savoie.

Sur scène, une fanfare chante les songs et crie des extraits du théâtre brechtien, parle avec le public, envahit la salle. Au début, les spectateurs assistent, sur les marches du théâtre, à un défilé des personnages-membres de l’orchestre, pendant qu’Allegri les présente, accompagné par un accordéoniste. Une musicienne se transforme en athlète de cirque et monte sur un trapèze, un autre personnage crache du feu et marche sur des échasses, deux jumelles habillées de la même façon chantent des airs lyriques. Le spectacle est une scène de cirque qui transforme la pièce de Brecht en une critique de la politique berlusconienne. Mais, si au début, un musicien-comédien souligne que, dans ce spectacle, l’art vivant n’est pas une banalisation culturelle, la mise en scène tombe trop souvent dans les clichés de la télévision italienne. Quelques scènes originales sont mélangées à des sketchs reprenant les publicités à la mode. Les musiciens ne sont pas comédiens et jouent comme des héros de la télé-réalité. Les plaisanteries politiques rappellent la pseudo-critique que la droite fait d’elle-même à la télévision. Le public rit quand il retrouve les gestes et les répliques des comiques médiatiques. A la fin du spectacle, les personnages échappent à la justice, comme tant de politiciens.

Si Allegri se pose dès le début comme un homme de gauche, il reprend à la lettre la banalisation culturelle. Ainsi, la crise éthique italienne s’exprime dans l’échec de ce spectacle : la culture semble droguée de télévision populiste, et les idées progressistes de la gauche se construisent sur le conformisme. Dans une scène, Allegri imite le personnage du Parrain/Brando ; il commence en disant que, comme tous les comiques, lui aussi veut jouer ce rôle symbolique : mais pourquoi doit-il faire comme tous les autres ?

Mattia SCARPULLA (Turin - Italie)

S.O.S Soldi Opera Street, d’Eugenio Allegri
Teatro Gobetti de Torino, 18-23 avril 2006
Informations : 0039 011 5169414/ 35
Teatro Stabile Torino Via Rossini n.12 10124 Torino
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article