Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
C’EST ELLE QUI L’A FAIT !
C’est un des événements de la rentrée. L’ex-locataire du « Palace » de Jean-Michel Ribes rouvre la mythique salle homonyme enfin redevenue théâtre. Son show parfois très cru, parfois très cul décoiffe, déstructure, défie, dérange, déménage. Et démontre une heure et demie durant ce qu’est une grande, une immense comédienne…
En tailleur noir sur une scène dressée de tentures ébènes, Valérie Lemercier n’a pas besoin de falbalas farmériens pour faire son entrée et encore moins pour hypnotiser son public. Cheveu sur la langue et bide enflé de la candidate à la parturition imminente, affalée sur le sol d’une prison d’Alexandrie en compagnie de Georges Moustaki, Marie-Aude, attachée de presse, passe les consignes à son assistante chargée d’accueillir un groupe de chanteurs britanniques alcooliques et drogués devant se produire à Bercy.
C’est drôle. Immensément drôle. Décalé, barré, déjanté. Pas le moindre accroc au texte. C’est du lourd. Valérie Lemercier connaît son métier. Comme cette pauvre fille enceinte jusqu’aux dents, la salle est pliée en deux. Ca va durer une heure et demie. Les personnages vont se succéder à un rythme infernal. Lemercier amuse la galerie. Lemercier amuse avec SA galerie. Galerie de personnages tous plus énormes les uns que les autres.
Adolescente fille d’une psy et qui vit par procuration à travers les témoignages des patients de sa mère qu’elle écoute en cachette, jeune veuf moins éploré que déplorant la mort de sa moitié en un madrigal sexuel de la disparue, pocharde mondaine haranguant sur les gradins de Rolland-Garros quelques guest stars… Trois exemples sur la douzaine de personnages qui succèderont à ce Dominique Besnehard au féminin qui ouvre le spectacle. Particularismes langagiers, accents à couper au sécateur, mimiques en tous genres : le delta des potentialités de Valérie Lemercier prend des allures de grand écart.
Décalée et imprévisible
Le décalage est ici érigé en postulat, l’imprévisibilité est reine, tous deux induits par une écriture qui ne se pare pas de phrases livrées comme des apophtegmes sentencieux et aphorismes bon à garnir toute bonne anthologie de citations. Les répliques cinglantes fusent mais sans valeur de vérités immuables à la manière d’un Coluche ou d’un Desproges. L’école Lemercier donne plutôt la primeur à la situation, déformée à l’envi, soumise à une distorsion mi-ubuesque mi-surréaliste. C’est la centrifugeuse de l’absurde que fait tourner l’humoriste, dont elle extrait un suc tout de satires pourtant hyperréalistes. Bigoteries « Bernadettiennes », apologie de la bio attitude (dans une bastide où l’on pratique l’échangisme, c’est tellement plus smart), mornifle bien ajustée à la chamelle chanelisée qui jure comme un charretier devant sa marmaille abreuvée de Galak et You Tube et qui sera probablement pétrie de componction au moindre écart langagier en société… Autant de sujets ainsi épinglés par cette formidable show woman, si douée, si scène !
C’est sur scène qu’il faut aller voir Valérie Lemercier, car fidèle à ses engagements depuis toujours, elle refuse l’enregistrement de ses spectacles. Cette fois encore, elle ne succombera pas à la captation…
Franck BORTELLE (Paris)
Valérie Lemercier au Palace
Ecrit par Valérie Lemercier et Brigitte Buc
Le Palace, 8 rue du Faubourg Montmartre, 75009 Paris (Métro : Grands Boulevards)
Locations : 01 40 22 60 00 et points de vente habituels
Tournée : Mars 2009 : les 9 et 10 à Lille, le 11 à Caen, le 13 à Nancy, le 14 à Dijon, le 15 à Clermont-Ferrand, le 17 à Angers, le 18 à Rouen, le 20 à Saint-Etienne, le 21 à Grenoble, le 22 à Lyon, le 24 à Metz, le 27 à Pau, le 28 à Toulouse (dans le cadre du Printemps du Rire), le 29 à Marseille, le 31 à Montpellier. Avril : le 1er à Nice, le 3 à Limoges, le 4 à Nantes, le 10 à Amiens, le 11 à Orléans.
Durée : 1h30