Il ne s'agit pas d'un personnage idéalisé, désincarné, mais d'une jeune Américaine de la lignée des Kerouac et autres beatniks, de ces francs tireurs rejetant l'"american way of life", la société cocoon. Plus celle-ci les a entourés de son confort, plus ils ont envie de s'écarter de ses normes, de partir "on the road". Aujourd'hui, la mise au courant de ce qui se passe dans le monde est immédiate, il semble y avoir urgence, et l'engagement altruiste se fait plus impérieux devant les manifestations d'injustice.
C'est ce qui a mené Rachel, née aux Etats-Unis, à tout quitter pour aller toucher du doigt l'héritage de ce qu'on appelle en Palestine la Nakba, la grande catastrophe (soit 1948-2008 : anniversaire de création d'un état pour l'un, Israël ; d'une absence d'état pour l'autre, Palestine). En rejoignant les humanitaires, pacifiste, Rachel y allait pour vivre, pour aider à vivre. Elle a trouvé la mort un jour de mars 2003, devant un bulldozer israélien, sourd aux appels, engin de destruction d'un être humain qui voulait s'interposer entre lui et des maisons palestiniennes.
L’évocation d'un drame réel Évoquer un drame réel ne peut laisser insensible, a fortiori quand il est encore tout proche, qu'une actualité le rappelle, sous d'autres formes, mais quotidiennement."Je veux voir et témoigner" a dit très tôt Rachel qu'incarne fort bien Cécile Vangrieken dans la sobre direction et la mise en scène de Jasmina Douieb, sur fond d'un mur d'extraits de presse.
On suit son trop bref parcours de vie, ses moments de réflexion poétique, l'évolution de ses idées nourries au sein d'un campus réputé activiste, d'une famille de la "middle class". On participe à ses doutes, ses remises en question, ses révoltes, son engagement inaltérable et profond.
Sans tristesse, c'est plutôt avec une impression tonique que l'on ressort de cette pièce-témoignage. Si l'aventure humaine reste au centre des intentions du spectacle, on ne peut évacuer la dureté de la situation vécue là-bas, en ce moment, par les Palestiniens… De quoi nourrir, sans position radicale, réflexion personnelle et débats citoyens.
Du 14 novembre au 6 décembre 2008 au Théâtre de Poche, chemin du Gymnase 1a à Bruxelles 32(0)2.649.17.27 -
www.poche.be –
www.rachelcorriefoundation.org )
Coproduction : Théâtre de Poche/Théâtre Al-Kasaba de Ramallah - Palestine
Je m'appelle Rachel Corrie
Texte : d'après les écrits de Rachel Corrie traduits par Séverine Magois, adaptés par Alan Rickman et Katharine Viner
Mise en scène : Jamisna Douieb, Sébastien Fernandez
Scénographie : Olivier Wiame
Interprétation : Cécile Vangrieken
Lumière : Xavier Lauwers
Vidéo : Sébastien Fernandez
Création sonore : Nicolas Strïnovsky
Costumes : Natacha Belova
Photo © Théâtre de Poche