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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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La Confession d’une jeune fille (Paris)

MIROIR MON BEAU MIROIR

Sara Forestier mise en scène par Patrick Mille sur un texte de Marcel Proust : l’événement était, il faut le dire, très attendu. Grand art ou grand bluff ? Un peu des deux.
 

Le texte est superbe. Ecrit à l’âge de 23 ans par un Proust prometteur, il révèle un talent éclatant de finesse et d’acuité, une faculté à transcender le quotidien, à universaliser l’anecdotique. Suivant les traces de Saint Augustin et de Rousseau, l’auteur se livre au genre de la confession : ici cependant, ce ne sont pas des confessions, mais une seule, l’article « la » lui conférant un caractère singulier, le statut d’un acte de pénitence unique, sous le sceau du privé et de la révélation secrète.

 

Après une tentative de suicide, une jeune fille (se) raconte. En raison d’une passion démesurée pour sa mère, celle-ci s’est éloignée, pensant la modérer. Livrée à elle-même, la jeune fille se donne aux hommes. Sa mère revient alors, avec l’intention de la fiancer à un garçon choisi par ses soins. Mais elle est victime d’une attaque lorsqu’elle découvre l’expression sur le visage de sa fille, laquelle se tire immédiatement une balle dans le cœur.

« La » confession. « Une » jeune fille dont on ne connaît pas le nom. Seul Jacques, le dissipateur qui l’invite à la débauche, sera nommé, rompant l’universalité de la repentance. La première personne est reine. Elle est magnifiée par la mise en scène des épigraphes de la nouvelle proustienne. « A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve / Jamais…, jamais ! » : taggée à la craie par la comédienne, il ne s’agit pas uniquement de la signature de Baudelaire, mais d’une manière d’imposer l’autobiographie tout en maintenant la fiction. Pour sa première mise en scène, Patrick Mille use des interludes musicaux (Les Rolling Stones, Carmen), modernisant et théâtralisant les exergues. Charnière entre deux textes, entre deux états, entre deux souffles, elles sont investies d’un rôle de miroir dans lequel « je » (se) voit et est vu par l’autre, alter ego recherché au sein d’un espace scénique étrange et dérangeant.

Survivre à la désillusion 

Car si le texte ne perd pas de sa superbe à la mise en scène, un malaise domine. Le ton monocorde de la comédienne, pourtant remarquable au cinéma, ne prend pas. Seule sa gestion du silence, sa capacité à jouer avec un Stop & Go digne du cinquième quintet de Miles Davis, pour mieux reprendre l’exposé là où elle l’avait laissé, force l’admiration. Oui, Sara Forestier est une grande actrice. Oui, elle parvient à passer par un panel d’états extrêmes sans pudeur et sans retenue. Oui, elle se met à nu (était-il cependant utile de la déshabiller vraiment ? Le public n’aurait-il pas sinon saisi la portée symbolique d’une confession ?). Oui, elle vit son histoire en nous la racontant.

 
Oui, mais. Il manque un soupçon de naturel à la comédienne pour incarner avec justesse ce personnage en quête de son passé, cette exilée qui souffre, cette alchimiste de la douleur. Peut-être Proust n’est-il pas fait pour le théâtre. Ou alors gagnerait-il à être abordé avec un peu plus de circonspection. In melio stat virtus ? Si la place de la raison est à situer entre les extrêmes selon la morale du juste milieu qu’aborde Proust avec ce texte, alors oui, cette mise en scène manque définitivement de pondération.


Faustine AMORE (Paris)

Sur la même pièce, lire la critique de Franck BORTELLE:
http://www.ruedutheatre.info/article-24877870.html




Interprète : Sara Forestier
Texte : Marcel Proust
Mise en scène : Patrick Mille
Assistante mise en scène : Gaëlle Bourgeois
Lumière : Gertrude Baillot

Au Ciné 13 Théâtre à partir du 4 novembre pour 30 représentations
1 avenue Junot
75018 Paris

Résa : 01 42 54 15 12
www.cine13-theatre.com

Photo © DR

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