Après la Bible et le Discours de la méthode de Descartes, la troupe québécoise du Sous-marin jaune explore les Essais de Montaigne et l’histoire de France au moment de la Réforme. Forts de leurs succès précédents, les marionnettes et les comédiens dirigés par le Loup Bleu (alias Antoine Laprise) reviennent pour un coup de dépoussiérage des textes classiques. Les ingrédients de base sont demeurés les mêmes : beaucoup d’humour, une alliance permanente entre pantins divers et acteurs de chair, un rapport au présent à travers des mots d’autrefois.
Ce qui diffère, cette fois, c’est le recours à une musique dynamique jouée en direct et l’appoint assez envahissant de l’image filmée. Ce qui est davantage accentué aussi, ce sont les référents historiques omniprésents. Du coup, il a un peu de mal celui qui a oublié les soubresauts sanglants entre catholiques et protestants au XVIe siècle, le duc de Guise et le massacre de la St-Barthélemy ou celui des Aztèques; il risque d’être un peu perdu au milieu des personnages qui s’affrontent.
Bien sûr l’image est là pour signifier l’action. Des coups de pinceau trempé au rouge indiquent la violence, la cruauté, la barbarie des tueries. Des mouvements de caméra suggèrent le tohu-bohu des événements historiques. Les voix des comédiens commentent, doublent ce qui se passe sur écran. Avec une générosité très corporelle, ceux-ci racontent, vitupèrent, bruitent, haranguent devenant des présences vivantes au-delà de l’oralité de leur prestation.
Le spectacle se veut en parallèle avec notre époque de résurgence des fanatismes religieux, de doutes, de remises en cause. Il se greffe sur les propos de Montaigne, ses contradictions, ses paradoxes. C’est là que réside l’intérêt du texte qui se situe au moment où se déconstruisent les rêves de la Renaissance, où l’espoir d’une liberté infinie se désagrège sous le poids des faits politiques et sociaux.
On retrouve des pensées sur la mort, l’amitié, l’éducation, la sexualité (y compris le problème du célibat des prêtres), la douleur physique d’un corps attaqué par la maladie et le vieillissement, la nécessité de tolérance, la culture, la possession de biens matériels... Les gags, les clins d’yeux aux conventions théâtrales épicent l’ensemble d’irrévérence tonique. Une version fort différente de celle de Thierry Roisin et Olivia Burton ( www.ruedutheatre.info/article-19854691.html ).
Michel VOITURIER (Bruxelles)
Vu à la fabrique de Théâtre de La Bouverie le 7 novembre 2008
En tournée : le 12 novembre au Théâtre (La Louvière), le 14 novembre au Centre culturel (Chapelle-lez-Herlaimont) ; le 15 novembre à la MJC (Comines-Warneton) ; les 17 et 19 novembre à la Maison de la Culture (Tournai) ; le 20 novembre au Palace (Ath).
Les Essais
Texte : Michel de Montaigne
Adaptation : Loup Bleu, Michel Tanner
Mise en scène : Jacques Laroche
Distribution : Antoine Laprise, Jacques Laroche, Guy Daniel Tremblay, Beatrix Ferauge, Sandrine Versele
Scénographie : Christian Fontaine, Isabelle Larivière
Marionnettes : Frédéric Blin
Éclairage : TJP Strasbourg
Musique : Eloi Baudimont
Montage film : Dominique Champagne
Une coproduction : Fabrique de Théâtre de La Bouverie - Service Provincial hainuyer des Arts de la Scène, Théâtre de l’Eveil, Sous-marin Jaune, TJP de Strasbourg