PETITES PITRERIES EN FAMILLE
Le Teatr Licedei de Saint-Pétersbourg est mondialement connu pour ses clowneries plutôt acidulées. Le fil russe de son spectacle actuel enfile les saynètes sur le thème des tensions familiales entre époux, entre parents et rejetons, entre ados et bambinos. Ils sont six : les deux conjoints et le quatuor des gosses. Ils s’opposent violemment. Le paternel, alcoolo obsessionnel ne cesse de vouloir fuir tout en revenant avec obstination. La mère ne cesse d’arborer un ventre rebondi du prochain poupon en gestation et de rêver à une descendance proliférante. Les héritiers ne cessent de vouloir trucider leur géniteur, de se quereller à qui mieux mieux, de tenter de prendre l’ascendant les uns sur les autres. La famille explosive n’explosera pas car chacun est lié à chacun par une même loufoquerie.

Les numéros se succèdent. Ils sont truffés d’inventions. Ils pullulent de gags. Il y en a de classiques défraîchis comme de faire mine d’arroser le public, de recevoir une planche sur la tronche, de raccrocher le téléphone au nez de celui à qui est destinée la communication… Il en est de plus raffinés comme ces calculs écrits sur un tableau noir virtuel tandis que grince vraiment la craie d’une bande son orchestrée au centième de seconde.
Entre invention et tradition Il y a ce père, aux bras paralysés par un javelot entré dans ses manches, qui joue les contorsionnistes pour accomplir les gestes les plus banalement quotidiens. Il y a ce chef d’orchestre qui jette à la poubelle chaque morceau exécuté de sa partition. Il y a, peu avant la fin, une séquence onirique baignée de poésie. Bref, ça perdure durant près d’une heure 45.
Le travail corporel individuel et collectif est incroyable. Le montage sonore est époustouflant, mêlant tous les genres musicaux dont pas mal de danses des années 50, agrémentant de bruitages variés une prestation muette et mimée. Mais en fin de compte, cela paraît vieillot. L’humour d’aujourd’hui est plus mordant, plus cynique, plus absurde aussi. Alors, on suit vaille que vaille, surtout si, comme au Sébastopol de Lille, on se trouve dans une salle à l’ancienne, du haut des balcons de laquelle, on ne voit pas grand-chose, d’autant que la troupe joue souvent sur le proscénium et que les détails des mimiques, des accessoires disparaissent avec la distance.
Michel VOITURIER (Lille)
Au Sébastopol à Lille le 5 octobre 2008
En tournée : du 6 au10 janvier 2009 sur la Scène nationale de Sénart (Combs la Ville) ; le 04 février au Centre culturel Des Carmes (Langon) ; le 12 février à la Piscine (Chatenay Maladry) ; le 17 février au Centre de Congrès (Saint-Étienne)
Semianyki
Scénario : création collective
Direction artistique et scénographie : Boris Petrushansky
Distribution : Olga Eliseeva (la mère), Alexandr Gusarov (le père), Kasyan Ryvkin (le frère), Marina Makhaeva (la soeur aînée), Elena Sadkova (le bébé), Yulia Sergeeva (la cadette)
Effets spéciaux : Ravil Baygeldino
Lumières, son : Valery Brusilovskiy
Production : Passashok, France
Vidéo : http://www.gintzburger.net/licedei/video/licedei-semianyki.mov