DIEU, SEXE, MENSONGE ET ... VIDEO Le metteur en scène Stéphane Braunschweig ne gomme rien des pulsions contradictoires de monsieur Orgon. Comme pour mieux placer le «Tartuffe» de Molière sur le terrain des tendances comportementales de notre XXIè siècle. Une proposition passionnante. Depuis des lustres, le héros de Molière est adjectivé, décliné sous toutes les formes. Le « Tartuffe » que propose le metteur en scène Stéphane Braunschweig, actuel patron du Théâtre National de Strasbourg (TNS) jusqu'à son arrivée officielle en janvier 2010 à la direction du théâtre de La Colline à Paris, scrute fortement les ravages que peut entraîner un passé affectif et sexuel « mal vécu »... comme diraient les psychanalystes.

Braunschweig installe Orgon et sa famille dans l'espace le plus contemporain possible, quasiment nu. Intérieur de maison aux murs blanchâtres percés de quelques ouvertures mais présence sur un des pans de ce salon d'un écran de télévision dont l'image est brouillée quand s'ouvre la pièce.
Pendant les deux premiers actes (Tartuffe n'apparaît qu'après, alors qu'il n'est question que de lui), on entend tout et clairement de cette famille. Les enfants qui s'interrogent sur leur avenir et leur amour, Orgon que l'on devine écartelé entre sa mère (Mme Pernelle) totalement bigote et sa nouvelle femme (Elmire) terriblement sensuelle. Orgon encore qui paraît tellement obsédé par son hôte que l'on peut imaginer qu'il voit en Tartuffe (Clément Bresson) l'être idéal conjuguant à la fois la sainteté spirituelle de sa mère et la beauté charnelle de sa femme ! Dorine (Annie Mercier), la femme à tout faire dans cette maison, essaie d'y mettre du bon sens, mais...
Un « Imposteur » des temps modernes Alors bien sûr, question : « et Tartuffe ? », ce sauveur des âmes, crucifix en pendentif, qu'Orgon copie ici, dans sa tenue, jusqu'au mimétisme absolu. D'une façon redoutable, Braunschweig le pousse, avec les autres, dans une descente aux enfers -vers la cave de la maison d'Orgon où il compte bien devenir l'amant de la belle Elmire- grâce à une scénographie astucieuse. On connaît la suite.
L'écran de télévision prend, lui, de la hauteur dans cette ascension du décor qui place le jeu de scène en sous-sol. Dans cette fin rocambolesque de la pièce de Molière, il trouve un rôle à sa mesure en portant la puissance de la parole et de l'image du prince... C'est bien notre XXIè siècle, numérique et cathodique, par lequel le pouvoir politique peut pardonner aux amis de sa classe sociale et en même temps bâillonner, contre toute logique, un « imposteur » ridicule.
Tout cela est fort bien posé par Stéphane Braunschweig. Quant à ses comédiens, ils se montrent particulièrement en verve, notamment Claude Duparfait en Orgon très troublant, et Annie Mercier en Dorine très active.
Jean-Pierre BOURCIER (Paris)
« Tartuffe » de Molière
Mise en scène & scénographie : Stéphane Braunschweig
Costume : Thibault Vancraenenbroeck
Lumière : Marion Hewlett
Son : Xavier Jacquot
avec notamment : Christophe Brault, Clément Bresson, Thomas Condemine, Claude Duparfait, Pauline Lorillard, Annie Mercier, Claire Vauthion
Jusqu'au 25 octobre à l'Odéon – Théâtre de l'Europe. Place de l'Odéon, Paris 6è.
Location : 01 44 85 40 40 ou
www.theatre-odeon.fr Tournée :
Lille (Théâtre du Nord) du 6 au 16 novembre.
Annecy-Bonlieu du 22 au 26 novembre.
Toulouse (Théâtre National) du 4 au 10 décembre.
Nice (Théâtre National) du 16 au 20 décembre...