L’ABSURDE NE PREND PAS UNE RIDE Tragi-comédie au nom aussi étonnant qu’évocateur, « Shhh » fait entrer le spectateur dans un monde où tout se tait, où rien n’est dit, où rien n’est fait, où tout se paye, jusqu’à une simple conversation. « Shhh », c’est une dénonciation maligne et loufoque du totalitarisme latent qui pèse sur les sociétés modernes. Etrange entrée en matière que cette jeune fille au ballon bleu. Où veut-elle en venir avec ses pensées incongrues et son déhanchement crispé ? Elle semble empêchée de tout : d’agir, d’aimer, de parler. Suivent d’autres saynètes illustrant cette procrastination qui paralyse les différents personnages. La cause de telles attitudes ? Le gouvernement. Dans ce monde qui éveille les plus grandes frustrations, tout est interdit par la loi : parler, rire, se disputer, boire un café, boire de l’eau, faire l’amour, être amoureux. C’est d’ailleurs cette dernière interdiction qui va justifier une scène de procès incongru. Un jeune rebelle romantique, tombé fou amoureux d’une inconnue, tentera vainement de défendre son droit à aimer librement.
La pièce pousse jusque dans ses retranchements l’abus de pouvoir, dénonçant de ce fait certaines politiques modernes qui se frottent amoureusement au totalitarisme. Au même titre que les écrivains et poètes du XXe siècle, la pièce passe par l’absurde pour mettre en avant les vices de nos sociétés. Et ça marche. Ici mêlé à une fantaisie scénique menée tambour battant, l’absurde prend toute sa force. Les scènes, plus farfelues et plus exagérées les unes que les autres, gagnent en sens et en intensité dans leur manière naturelle de tourner au ridicule les excès juridiques et politiques de cette société dictatoriale.
Une interprétation de qualité Dans cette création intelligente et sans façon (décor rudimentaire, costumes simples et variés), les comédiens s’en donnent à cœur joie pour le plus grand plaisir du public. Tous dotés d’un vrai potentiel comique, ils livrent là des interprétations rythmées, enlevées, sensibles et convaincantes. Leurs voix portent, leur diction est claire et sans bavure, leur gestuelle animée et chaleureuse. Cette troupe fait preuve d’une vraie qualité de jeu et incarne avec brio les textes du jeune auteur espagnol Abraham Gomez Rosales. Textes à saluer pour leur profondeur légère, leur humour sarcastique et leur pertinence.
Cette pièce réussie ne mise pas sur les moyens mais sur l’intelligence des propos et la fluidité de la mise en scène. Pour ces raisons, et aussi parce qu’elle fait passer efficacement un message, cette pièce ne doit pas passer sous silence.
Cécile STROUK (Paris)
Shhh (Paris)
Auteur : Abraham Gomez Rosales
Mise en scène : Alexandre Blazy et Valentin Capron
Interprétation : Angélique Zaini, Emilie Chevrillon, Yasmin Berber, Baptiste Caillaud, Florian Jamey, Léopold Hedengren et Alexandre Blazy
A l’espace La Comédia, Paris, du 22 septembre au 29 décembre, tous les lundis à 21h
Réservations : 01 43 67 20 47
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