NE PLUS BANALISER LES FAITS DIVERS La violence urbaine est un sujet de préoccupation des citoyens. Chaque semaine des faits divers mettant en cause des adolescents viennent interpeller police, magistrature, corps enseignant et familles. Le théâtre devient le lieu des interrogatoires et des interrogations. Un jeune homme de 16 ans meurt dans une cour de récréation, bousculé par un élève qui voulait lui dérober son GSM. Ce n’est qu’un événement parmi d’autres qui posent la question de la responsabilité. Qui est le vrai coupable ? Celui qui a volé ou celui qui attise l’envie d’autrui par ce qu’il possède avec plus ou moins d’ostentation ? Ceux qui ont engendré et ne sont pas parvenus à éduquer ? Le directeur d’école, les profs, les éducateurs qui ont manqué de vigilance ? Les policiers qui ferment les yeux ou les magistrats qui préservent à tous prix les droits de l’Homme ? Les copains qui ont laissé faire ? Les commerçants ou les industriels ou les publicistes qui poussent à consommer sans cesse davantage ?
Face au délinquant muré dans sa thèse de l’accident qui minimise sa responsabilité, deux animateurs incarnent successivement un flic, un éducateur, le père de l’agresseur, un responsable de marketing, le chef de l’établissement scolaire, un actionnaire de multinationale, un député européen… Interrogés, ceux-ci sont plutôt enclins à éluder leur propre rôle. Et c’est là qu’intervient le public invité, à son tour, à poser les questions qu’il désire, réargumenter, pousser la personne dans les recoins de son raisonnement.
Entre théâtre et débat télévisé Le procédé est celui du débat télévisé. Il a évidemment tendance à ralentir fortement le rythme théâtral, heureusement entretenu par une guitariste dont les notes électriques se nourrissent au rock. Les animateurs comédiens ont pour tâche de relancer la représentation en prenant au vol des mots de spectateurs afin de passer au personnage suivant. Leur prestation dépend en partie de la vivacité avec la salle réagit et sera différente selon les intervenants.
On connaît les limites du genre. Aucun débat n’aboutit jamais à une conclusion plénière et définitive. Souvent on retombe dans les lieux communs de la vision de la majorité silencieuse, dans les généralités inévitables pour les citoyens ignorant la complexité des lois et se cantonnant en général à la conception d’un point de vue sommaire.
Ce travail, à mi-chemin entre le théâtre forum et la controverse médiatique a au moins le mérite de poser des questions, d’esquisser l’inventaire des différents aspects de tout fait divers tant soit peu dramatique. Rien n’empêche de le prolonger en classe ou en famille. Et de l’élargir aux oubliés de cette histoire : les victimes.
Michel VOITURIER (Belgique)
Aux Rencontres du Théâtre Jeune Public de Huy le 24 août 2008
Coupable(s)
(dès 13 ans)
Texte : Christophe Kauffman, Jean-Louis Maréchal
Distribution : Axel Devreese, Christophe Kauffman, Jean-Louis Maréchal
Mise en scène : collective
Musicienne : Hélène Charlier
Lumières : Franck Dainotti
Conseillers artistiques : Luc Jaminet, Natacha Mann
Production : Cie en Marge
Site web :
www.scenaction.be Photo © SPJ Liège