CONFLIT DE COUPLE EN PLEIN BOULEVARD
Le théâtre de boulevard est décrié. Souvent avec raison pour l’idéologie politiquement trop correcte voire ultra-conformiste qu’il développe. Mais lorsqu’il est bien réalisé et débouche sur une vision moins stéréotypée, pourquoi ne pas en proposer aux jeunes pour leur montrer ce que c’est ?
Wendy et Pierre forment un couple jeune, apparemment heureux d’être ensemble dans un minuscule appartement. Elle s’accroche à son boulot un peu ennuyeux de traductrice de modes d’emploi d’appareils ménagers. Lui est sans travail et s‘accroche à des rêves fous de pousse-pousse baroque pour visiter l’Asie, de recherches spatiales pour économiser du carburant…

La pression économique ne permet guère ce type de cohabitation. Dans l’univers de l’efficacité, de la rentabilité, du profit, comment survivre en milieu urbain si on n’accorde pas quelques concessions au système de la consommation matérialiste ? Mais Pierre est tout sauf pragmatique. Il ne fait rien pour que sa situation évolue. Il sabote ses entretiens d’embauche par esprit de provocation juvénile. Il est le type même de l’adulescent, celui qui, bien qu’adulte, reste adolescent fantasque, persuadé que la vie continue comme du temps de son enfance où son envahissante mère possessive pensait à sa place l’organisation matérielle du quotidien.
Vivre à deux c’est tenir compte de l’autre. Ce n’est pas s’enfermer dans son égotisme. Ni refuser de distinguer le réel de la fiction. Ni fuir dans les mensonges de la mauvaise foi. Arrive donc ce qui devait arriver, Wendy décide de quitter Pierre. Qui semble n’avoir pas encore tout à fait compris que si un gamin peut rêver sa vie, un adulte doit plutôt agir pour l’accomplir.
Le dispositif scénique est spectaculaire. Un plateau tournant permet de passer de l’appartement à d’autres lieux, notamment celui du rêve. Tout y est dans la note réaliste inhérente à la comédie boulevardière. Les comédiens jouent sur le rythme, usant d’un surjeu sans excès trop outranciers. Ils misent sur la caricature et possèdent cette générosité qui crée un courant avec la salle. D’où un divertissement plaisant destiné à mener les plus de dix ans à s’interroger sur ce que signifie grandir, assumer des responsabilités.
Michel VOITURIER
Aux Rencontres du Théâtre Jeune Public à Huy le 23 août 2008
L’Entre-deux (à partir de 10 ans)
Texte, mise en scène : Christian Dalimier
Distribution : Valéry Bendjilali, Bénédicte Chabot, Manu Mathieu
Scénographie : Hélène Kufferath, Maurice Van den Broeck, Martin Delval
Costumes : Noëlle Deckmyn
Chorégraphie : Isabelle Lamouline
Musique : Marie-Sophie Talbot
Production : Théâtre du Copeau
Site web : www.theatre-du-copeau.be
Photo © SPJ Liège