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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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La Bête au Bois dormant (Paris)

LA PARENTHESE ENCHANTEE

Deux heures d’un spectacle fou, bigarré et à la bonne humeur terriblement communicative : c’est ce que proposent les désormais célèbres Caramels fous dans une féria de couleurs, de costumes et dérision. Ils ne jouent plus que quelques jours avant un nouveau spectacle prévu pour 2009. C’est le moment ou jamais.

1982 marque la naissance de la « Chorale du Piano Zinc » qui trois ans plus tard devient la compagnie des Caramels fous. C’est une troupe chantante qui s’est inspirée d’un modèle très en vogue aux USA. En 1998, après plusieurs années de spectacles qui leur apportent une audience crescendo, en pleine manifestation sportive planétaire se tenant  en France, ils remplissent l’Olympia deux soirs de suite. En 2006, leur spectacle « Les Dindes galantes » est récompensé par une nomination aux Molière. « La Bête au bois dormant » est leur avant-dernière création à ce jour…


La reine meurt en mettant au monde un rejeton sur lequel l’ignoble fée Carabosse jette un sort que ne peuvent qu’atténuer les trois bonnes fées. Elles isolent le prétendant au trône jusqu’à l’âge de 20 ans mais pour parfaire la dissimulation et éloigner l’horrible gorgone, elles éduquent le petit prince comme une vraie petite princesse…
L’impression qui nous hante longtemps après la tombée du rideau est celle d’un incroyable professionnalisme qui habite ce spectacle de presque deux heures. Ils sont presque trente sur scène. Que des amateurs. Un amateurisme hissé ici à son plus noble niveau. Désintéressé et avec pour tout investissement celui qui se rend au centuple à un public qui en redemande.

Sanson, Barbara, Farmer, Hallyday…

Tout ici est chanté, chorégraphie. Des compositions originales prennent place au milieu de parodies qui alimentent la trame narrative du spectacle. Si certains de ces pastiches semblent inévitables dans un spectacle assez « orienté gay » (Sanson, Barbara, ABBA, Lio et l’incontournable Mylène Farmer), ceux de Johnny Hallyday ou encore Jacques Brel, modèles de virilité et de machisme, agrémentent l’ensemble d’un contrepoint hétéro salvateur.

Cette volonté d’ailleurs de l’auteur de ne pas réserver son spectacle à une population exclusivement homosexuelle n’est pas la moindre des qualités. Car, sous ses allures de conte débridé au chevet duquel sont convoqués « La Belle et la bête », « La Belle au bois dormant » ou encore la légende de l’homme au masque de fer, ce spectacle dynamite avec élégance et à-propos cette ghettoïsation devenue hélas trop souvent un des tristes apanages de la gay attitude, notamment parisienne.

Réussissant le pari de fédérer tous les publics, ce spectacle au message clairement affiché de droit à la différence prouve que rire et sérieux peuvent faire un beau mariage. Avant leur prochain spectacle annoncé pour 2009, les Caramels fous nous font un beau cadeau avec cette parenthèse enchanteresse dans une morosité endémique. Trop rare pour ne pas s’y laisser enfermer deux heures durant et tout oublier. Tout sauf l’essentiel : aimez vous les uns les autres…

Franck BORTELLE (Paris)

La Bête au bois dormant (Paris)
Livrets et lyrics : Michel Heim
Chorégraphies : Nadine Féty
Direction musicale : Nicolas Kern
Mise en scène : Nadine Fety et Michel Heim assistés de Jean-Pierre Rouvellat
Lumières : François-Eric Valentin
Costumes : Laurent Chevalier, Jean-François Dewulf, Patrick Genevey, Emilie Angibous et Thierry Mercier-Renoir
Décor : Jean-Marie Brébion, Olivier Ménestrier, Thierry Quessada et Jean-François Dewulf
Avec Laury André, Vincent Baillet, Philippe Bernard, Giovanni Cabiddu, Christophe Camuset, Luc Carpentier, Olivier Champeroux, Jérôme Cuvillier, Jean-Marc Daniel, Jean-François Dewulf, François Dussillol-Godar, Marc Frémondière, Jeau-Paul Gaudfroy, Jérôme Guérin, Lionel Guérin, Michel Heim, Régis Herbuveaux, Yvon Huiban, Franck Isoart, Laurent Lapeyre, Dominique Le Pogam, Fabrice Meillier, Olivier Ménestrier, Vincent Merval, Michel Petit, Laurent Plessi, Thierry Quessada et Jacques Rosé avec la participation de Achille Coatanhay.
Durée : 2 heures avec entracte
Théâtre Le Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, 75018 Paris (Métro Pigale)
Du 5 au 14 juin 2008 les jeudi, vendredis et samedis à 20h30
Réservations au 01 44 92 78 04 et Fnac
Site internet : www.lescaramelsfous.com

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