ÉLOGE DE LA LECTURE
Vieux rêve de Dominique Sarrazin, adapter le roman de Dickens au théâtre est devenu réalité pour une quinzaine de comédiens. Ce qui donne un plateau envahi de personnages multiples, hauts en verve et en couleurs.
Sarrazin lecteur de Dickens met en scène son plaisir d’avoir découvert « David Copperfield » pendant sa jeunesse et relu plus tard dans différentes versions. Ce qu’il affirme, c’est que la littérature nous permet l’évasion du carcan de la vie, nourrit notre imaginaire, ouvre sa farandole de mots sur le monde, sauve de l’ennui et du malheur, partage des expériences accomplies par autrui, enrichi les connaissances et la parole à proférer. Il prendra donc le parti de conserver sur scène le style et la structure du roman.

Ainsi les personnages parlent-ils d’eux à la troisième personne. Décrivent ce qu’ils voient. Ne craignent pas l’usage du discours indirect. Ils deviennent des êtres incarnés par des comédiens qui, eux-mêmes, seraient des lecteurs en train de dévorer à voix haute leur propre histoire. Voilà qui leur donne une certaine distance. Qui aide sans doute à louvoyer, comme l’écrivain anglais, entre le mélodrame poussé à son paroxysme et le comique de la caricature caustique d’une société qu’il est urgent de dénoncer.
Ambiguïté entre le rire et l’effroi
Probablement est-ce là que réside la vulnérabilité de la cohérence de cette adaptation. Les thèmes demeurent actuels : esclavage de gosses mis au travail, enfants martyrisés, harcèlements physiques et mentaux, salaires insuffisants, disparité entre classes et nations, abus vengeur du pouvoir par ceux qui n’en détiennent qu’une parcelle... Les protagonistes sont traités avec un humour froid tandis que leurs actions restent teintées soit de l’abomination qu’elles recèlent, soit de la tendresse qui accompagne leur aspiration à l’amour. L’ambiguïté subsiste donc car il était difficile pour le metteur en scène de n’opter que pour l’une des deux perceptions plutôt que pour l’autre.
La troupe tire bien parti d’un dispositif scénique ingénieux. Le plateau est sans cesse mobilisé pour varier les allées et venues. La distribution est homogène. Peut-être reprocherait-on à l’ensemble un manque de changements de rythmes dans une narration feuilletonesque qui demeure, forcément, linéaire et dont le théâtre met à nu les ficelles structurelles.
Michel VOITURIER (Lille)
À l’Idéal à Tourcoing à 20h30 sauf le dimanche à 16h du 15 au 25 mai 2008
Reprise au Théâtre de la Verrière à Lille en février 2009
(Mon) Copperfield
Texte : Charles Dickens
Adaptation et mise en scène : Dominique SarrazinAssisté de Catherine Gilleron
Distribution: Marie Boitel (la tante Betsey) - Sophie Bourdon (Mlle Murdstone, Uriah Heep) -Cyril Brisse (Ham, M. Creakle, M.Spenlow, Traddles adulte) - Christophe Carassou (Steerforth, Mrs Heep) - Emilie Cazenave (Clara, Dora) - Céline Dupuis (Traddles enfant, Mme Micawber, Mlle Mowcher) - Annick Gernez (Peggotty, Mme Steerforth, Mme Crupp) - Catherine Gilleron (Mme Gummidge, Rosa Dartle) - Hugues Martel (Dan Peggotty, M.Micawber) - Alain Nempont (Docteur Chillip, Tungay, M.Wickfield) - Philippe Peltier (Barkis; M.Dick) - Sylvain Pottiez (David enfant, Traddles adolescent) - Lionel Prevel (M.Murdstone, Littimer, David adulte) - Dominique Sarrazin (le lecteur) - Jean-Maximilien Sobocinski (M.Mell, David adolescent) - Esther Van den Driessche (Emily, Agnès)
Scénographie : Ettore Marchica
Son : Marie Jo Dupré
Costumes : Catherine Lefebvre
Lumières : Xavier Boyaud
Dessin/Animation vidéo : Cléo Sarrazi
Production : Théâtre du Nord, Théâtre de la Découverte
Photo © Eric Legrand