AVALANCHE DE RIRES
Fort du triomphe de sa précédente pièce, « La Sœur du Grec », Eric Delcourt récidive dans la farce débridée avec un chassé-croisé amoureux délicieusement vaudevillesque. C’est drôle, énergique et mené par une troupe au sommet. En piste ! Retrouvailles au sommet : Tom invite dans une station de ski de l’Ariège (parce que « les Alpes c’est mort ») des amis qu’il n’a pas vus depuis dix ans. Une décennie au cours de laquelle il s’est enrichi, ce qui lui permet de « s’amuser tout en gagnant de l’argent ». Une décennie que Stan « s’emmerde en n’en gagnant pas ». On retrouve aussi Francis qui s’est marié deux fois et s’apprête à convoler à nouveau avec Blandine, une ravissante idiote boulangère qui se lance dans la chanson, et Cookie celle dont tous ont été amoureux à l’époque. Tom offre à chacun une journée extrême en hélico, accompagné de Pierre, guide sachant très moyennement guider…

Ne cherchons pas dans ce spectacle de surenchère psychologique qui convient si bien aux empêcheurs de tourner tout en dérision. Ce n’est pas le propos. Les situations - du pur vaudeville à la montagne- ne sont pas là pour qu’on se paye une surcharge cognitive. Même le fond n’est pas nouveau. Une bande de potes que tout oppose mais que rien ne réussira à séparer, pas même leurs amours d’antan plus ou moins éteintes ou sur le point de se rallumer, leurs divergences sociales ou leurs conceptions antinomiques de l’existence : c’est du déjà vu.
Un dialogue redoutable d’efficacité Lorgnons plutôt du côté du jamais entendu. En effet, le dialogue, bourré de perles, offre moult occasions de se bidonner. C’est percutant, décalé et sans temps mort. Les personnages, scrupuleusement façonnés, fignolés, permettent à cette mécanique de fonctionner à plein régime. On ne le dira jamais assez : l’écriture, encore l’écriture, toujours l’écriture. Toute l’efficacité repose là-dessus : l’extrême rigueur du texte que les comédiens n’ont plus qu’à adopter comme on enfile une paire de chaussures de ski à sa taille pour dévaler la piste noire.
Dans ce slalom du rire, ils font tous un sans faute et récoltent les avalanches de rire qu’ils méritent. On accordera toutefois à Marie Montoya le petit plus, le chapeau sur le bonhomme de neige. Son aisance à jouer les nunuches profondément bonnes avec un grand « C » est un bonheur de chaque instant.
Mais si le ski est un exercice plutôt individuel, du théâtre, il en est autrement. La collégialité ici est totale. Delcourt a su parfaitement équilibrer les rôles de chacun et sur la scène on s’amuse. Ca se sent. Ca se palpe. Comment alors en serait-il autrement dans la salle avec un tel entrain, un tel dialogue, de pareils zigotos aux comportements exagérés juste ce qu’il faut pour en souligner le potentiel comique ? Rien à faire. Nous voilà bien arrimés, les skis aux pieds. Les combinaisons du rire, c’est Delcourt qui nous les fait enfiler avant de nous pousser sur la pente de la grosse déconnade. La descente dure une bonne heure et demi. Chaud devant !
Franck BORTELLE (Paris)
Hors Piste
Texte : Eric Delcourt
Mise en scène : Eric Delcourt et Dominique Deschamps
Avec Lydia Andreï, Eric Delcourt, Cyrille Eldin, Jean-Marie Lamour, Franck Molinaro, Marie Montoya
Théâtre Fontaine, 10 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris
Réservations : 08 92 70 77 05 ou
www.theatrefontaine.com Du mardi au samedi à 21 heures. Supplémentaire le samedi à 18 heures. Relâche le 3 juin.
Durée : 1h30