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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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La Méchante vie (Lille)

CLOWNS TRISTES POUR DÉRISION LÉZARDÉE

Les spectacles de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff ont souvent quelque chose de fragile. Celui-ci, plus qu’un autre, induit un accord inconditionnel ou un total rejet, pour ou contre des clowns phagocytés par leur bouffonnerie.


Après avoir picoré dans des scènes de l’humoriste Henry Monnier, après s’être accordé le rôle principal, Jérôme Deschamps s’est lancé dans ce qu’il affectionne. Un travail sur la dimension phatique de la communication en général et celle de la langue en particulier.  C’est dire combien les mots ont peu d’importance. Du texte originel, il ne reste quasi rien. Par contre, l’acteur y va à fond dans tout ce qui relève de l’accroche systématique, voire obsessionnelle, à un interlocuteur.


Aussi le spectacle est-il ponctué de bout en bout par des exclamations, des onomatopées, des soupirs, des borborygmes, des tics gestuels et des grimaces faciales, des bribes de phrases lancées avant d’être répétées comme dans une mise en abîme d’échos. Le seul discours qui s’affirme devient, hormis l’un ou l’autre mot cruel sur l’humanité, une sorte de course poursuite entre un être cherchant à s’exprimer à la fois dans l’élémentaire et le prétendu dit, tout en s’efforçant désespérément de contraindre son partenaire à le suivre à travers les méandres de ce qui ne parvient jamais à être une pensée consciente. Matière qui constituait déjà en partie la trame de certains épisodes des Deschiens mais constitue ici l’unique matériau de séquences alignées vaille que vaille.

Le décor est un décor de déglingue. Des récipients dépareillés entassés en équilibre instable, un canapé de troisième main, une sorte de comptoir où, sorte de succédané du « pianocktail » de Boris Vian, un fût peut déverser à volonté grands crus et piquettes… Un lieu intemporel d’une médiocre misère qui traîne ses savates dans une complaisance d’où il semble impossible de sortir.

Si on songe au comique triste d’un film comme « La Strada » de Fellini, c’est surtout à cause du duo des jeunes protagonistes qui viennent s’insérer entre les scènes dans lesquelles Deschamps et Bolle-Reddat s’engluent. Les silhouettes de Catherine Gavrilovic et Philippe Leygnac (signataire aussi de la musique) prennent, à chaque brève apparition, une présence en contrepoint qui focalise l’attention. Ils imposent des gestes, des allures, des sons dont le pathétique se teinte d’un humour tendre et léger : ils valent à eux deux le déplacement.

Michel VOITURIER (Lille)

Au théâtre du Nord à Lille du au
En tournée : au Grand Théâtre de Luxembourg les 25 et 26/04 ( http://www.theatres.lu )

Texte (quand il en reste !) : Scènes populaires (Folio Gallimard)
Adaptation et mise en scène : Jérôme Deschamps
Distribution : Jean-Claude Bolle-Reddat        Madame Desjardins
Jérôme Deschamps            Madame Bergeret
Catherine Gavrilovic            Vilaine enfant des rues
Philippe Leygnac            Vilain enfant des rues
Philippe Rouèche (accordéon)
Musique : Philippe Rouèche et Philippe Leygnac
Lumières : Dominique Bruguière
Costumes : Macha Makeïeff
Accessoires : Sylvie Châtillon
Conseiller scénographe : Cécile Degos

Production : Deschamps et Makeïeff / Théâtre de Nîmes / Théâtre National de Chaillot / Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg / Théâtre National de Bretagne – Rennes  (Création au Théâtre de Nîmes le 7 novembre 2006).

Au théâtre du Nord à Lille du 26 mars au 5 avril 2008.

Photo © Enguerrand
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