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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Un air de famille / version tzigane (Paris)

UN CAFE NOMME DELIRE

Ici, le Père Tranquille version kitch ressemble plus à un bazar qu’à un bistrot de banlieue. Avec des personnages poussés aux extrêmes, Dejan Ilic nous propose sa version très personnelle d’Un air de famille, une folle soirée au pays des tziganes.

Après avoir réalisé un court-métrage sur une famille yougoslave inspirée de la sienne, famille un peu foldingue et déjantée, le jeune metteur en scène Dejan Ilic, avait envie de fait vivre ses personnages sur une scène. Le hasard l’a conduit à la pièce de Jaoui - Bacri qui l’a conquis : c’est de là qu’est venu l’idée de mêler les deux univers.


A priori, on se demande ce que peut donner le mélange d’une pièce somme toute assez intimiste avec l’exubérance à la Kusturica. Et l’on n’est pas déçu du voyage. Décor, costumes, tout n’est que couleurs vives et flashy. Et les personnages, également hauts en couleurs, n’ont plus grand chose à voir avec ceux du film des auteurs.

L’histoire et le texte restent : Au Père Tranquille, le bistrot d’Henri, la famille se réunit pour aller au restaurant, comme tous les vendredis. Sauf que ce soir, Philippe, le frère, est passé à la télévision. Et que c’est l’anniversaire de Yolande, sa femme. Et qu’Arlette, la femme d’Henri, ne rentre pas. Alors, tout le monde reste au bistrot, pour tenir compagnie à Henri. Les langues se délient, les tensions s’exacerbent et des vérités sont dites.

La mise en scène est débordante de vitalité, s’y ajoutent des jeux de mains et quelques crachats qui n’étaient pas dans la version originale. Richard Medkour, qui joue Philippe, incarne non plus un chef d’entreprise un peu coincé mais un mafieux prompt à dégainer son flingue et qui a de la coke plein les poches. Christine Zavan, campe la mère tyrannique, imposante tant par son physique que par sa voix rauque et tranchante. On attendait Yoyo (Marie Delaroche) au tournant, avec en mémoire le jeu de l’inénarrable Catherine Frot, et celle-ci tient la comparaison. Henri (Laurent Mentec), le loser de la famille, est un ours bourru et attendrissant. Quant au couple de la sœur, Betty (Vanessa Luna), et du garçon de café, Denis (Rodolphe Saulnier), il apporte de la fraîcheur, un peu d’amour dans un monde de conflits.
On trouve des clins d’œil plus qu’appuyés aux films de Kusturica, de la musique empruntée, riche en cuivres et en percussions, au voile de mariée qui vole à travers la pièce. Les acteurs sont tous justes, même quand les caractères sont poussés à outrance. Il reste qu’on peut se demander si cette version tzigane, avec toute cette violence et cette folie douce, n’est pas un peu « cliché ». Dejan Ilic s’en défend : « Dans la réalité, c’est bien pire ! »

Alexandra FRESSE (Paris)

De Agnes Jaoui et Jean-Pierre Bacri
Mise en scène : Dejan Ilic
Avec : Marie Delaroche, Vanessa Luna, Richard Medkour, Laurent Mentec, Rodolphe Saulnier, Christine Zavan
Décor : Lucie Legrand, Mia Jerdin

Au Théâtre Michel Galabru, 4 rue de l’Armée d’Orient, 75018 Paris
Jusqu’au 27 avril 2008
Du mercredi au samedi à 20h00, le dimanche à 17h00
Réservations : 01 42 23 15 85

Photo © DR
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