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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Tripalium (Bruxelles)

LE TRAVAIL : MEILLEUR [TAT]AMI DE L'HOMME ?

"Stupeur et Tremblements" chez "Perfect SA", une entreprise de conditionnements… d'air. Ou la "culture d'entreprise", vue comme un sport de combat, comme un art martial à la japonaise.


"Tripalium", issu du latin, signifierait à la fois travail et torture (au Moyen-Age, une sorte de fourche à trois pointes). Paradoxe pour le spectateur : aller, après le travail, voir quelque chose qui parle du travail ! Masochisme ? Pas du tout, car il s'agit d'en rire un bon coup, d'où un bon défoulement, une mise à distance. Ou une réflexion amusée, c'est selon.

Dur labeur devrait rimer avec pur bonheur ?


L'épanouissement par et dans le travail ? On sait l'ironie amère renfermée dans la formule inscrite au fronton d'un célèbre autant qu'horrible "camp de travail" : "Arbeit macht frei". On connaît aussi le caractère quasi sacré que la notion de travail a conservé au fil des siècles. Même si certains ont pu faire "l'Eloge de la Paresse", il en est d'autres aujourd'hui pour marteler qu'il faut "travailler plus pour gagner plus". Alors, voici des mots, et des méthodes nouvelles, pour dire les maux actuels, aussi bien la dé-solidarité, la banalisation du mensonge, la lâcheté, l'hypocrisie "correcte", les rapports de pouvoir, le culte de l'argent… à travers la confession publique et impudique à laquelle un certain Jean Belle veut nous faire participer.

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"Perfect SA" avait été sa première expérience de travail, une "expérience familiale" (le patron se faisant appeler "papa") tragi-comique car il faut "tuer le père", une sorte d'initiation au monde réel pour "un bleu", jeune travailleur encore plein de rêves et d'illusions et chez qui la confusion vie privée/vie extérieure est totale… surtout quand il est poussé à le faire. Certains ne sont-ils pas réellement malades du travail comme dans le documentaire qui a inspiré et déclenché l'envie d'écrire chez Thibaut Nève ? (1). Pas de tatami pour recevoir la chute, la disgrâce. C'est pourquoi Jean Belle ne s'en remet pas et utilise la thérapie de groupe (nous public).

A travers le récit à rebours de l'histoire de cet employé brillant déchu, licencié "par sa faute", est-ce le procès de son comportement "inadéquat" qui est fait ou celui du mode de travail en entreprises ? "Art Martial", vraiment ? Les affrontements en milieu de travail ne se font pas toujours en direct, ou suivent des codes n'ayant rien à voir avec les "conventions de travail" officielles. Nous sommes loin de "la voie sacrée du guerrier".

Maîtrise de soi par les arts martiaux


Avec une belle inventivité dans la mise en scène et le postulat de départ, un rythme sans temps mort et une première et excellente direction d'acteurs de Thibaut Nève (acteur lui-même), cela donne un spectacle en phase avec un problème cuisant de notre société, dans une forme qui en est directement inspirée. Si L'on peut trouver l'ensemble un tantinet bavard, le flot de paroles (avec effets ricochets) arrivant par vagues à de certains moments, ne fait-il pas partie de l'arsenal des "commerciaux", pour une "corporate identity" et vers un "merchandising/marketing" réussis ?

Le "coaching physique", lui, non négligeable, est assuré par Othmane Moumen, par ailleurs co-fondateur avec Thibaut Nève de la compagnie Chéri-Chéri. Les écrans vidéo sont modulables, servent de mobilier en même temps que, quand ils sont activés, ils ne sont jamais redondants mais au contraire, expriment les non-dits, ou agissent en contrepoint ironique, soit une belle scénographie simple et efficace de Florine Delory. En costumes inspirés des tenues officielles judo-aïkido-kendo - la touche noire de celui du patron en allusion à la ceinture noire du Maître - quatre jeunes comédiens bourrés de talent : Jessica Gazon, Muriel Legrand, Clément Manuel, Philippe Rasse, vont nous livrer des personnages solidement campés, à peine caricaturaux (hélas) à détester, ou à plaindre. L'impact est donc réussi, de même que la première incursion de Thibaut Nève dans le monde des dramaturges.

Suzane VANINA (Bruxelles)

1) "Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés" de Sophie Bruneau et Marc Antoine Roudil

Texte : Thibaut Nève
Mise en scène : Thibaut Nève assisté de Othmane Moumen
Scénographie  et costumes : Florine Delory
Création vidéo : Olivier Conrardy – écrans sur scène : Philippe Cornette
Interprétation : Jessica Gazon, Muriel Legrand, Clément Manuel, Philippe Rasse
Lumière : Benoît Lavalard
Son/création musicale : Pierre Poucet

Du 26.2 au 15.3.2008 au CC des Riches-Claires, en coproduction avec la Compagnie Chéri-Chéri
Tél : +32(0)2.548.25.80 – www.lesrichesclaires.be - 

Crédits photos © Christian Carleer

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