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TOLÉRANCE UNIVERSELLE INTEMPORELLE
La plus célèbre pièce de Lessing, Nathan le Sage (1779) se située à Jérusalem durant les croisades. Elle confronte un musulman, un juif et un chrétien. On se doute qu’elle a conservé toute son actualité.
Dans un pays déchiré par la guerre, en proie aux luttes religieuses fratricides, voici qu’un sultan fait preuve de mansuétude et de compréhension en laissant la vie sauve à un jeune templier pourtant entraîné à tuer les Arabes. Celui-ci, à son tour, arrache aux flammes une juive de son âge. À partir de là, se nouent des relations authentiques entre humains de confessions différentes, voire opposées.

La pièce est de prime abord le lieu où se posent les questions, où se débattent les doutes et les espoirs de ceux qui se mesurent à une tolérance inaccoutumée. Il n’est point facile, lorsqu’on se méfie de l’autre, de tisser des liens de fraternité, de confiance. Les événements qui secouent le Moyen-Orient depuis les années 50 ne cessent de le démontrer. La montée des terrorismes accentue encore la sensation d’un gâchis humanitaire et politique permanent.
Il est normal, dès lors, que Laurent Hatat ait éprouvé la nécessité de monter cette œuvre relativement peu jouée. Son optique, à travers une mise en scène plutôt hiératique, est de privilégier le texte au préjudice de l’émotion. Il est distillé par d’impeccables comédiens dont la présence est davantage dans la voix et les regards que dans le jeu corporel. Le travail sur l’espace se limite souvent à de similaires entrées et sorties, à de successifs assis levés. Le débat d’idées prime donc heureusement sur une action très relative et qui se résout à la fin grâce à des situations éculées frisant à la fois le ridicule du mélodrame du 19e siècle et le sentimentalisme émotionnel lié à un certain romantisme de surface.
Le décor conçu par Laurent Caillon est intemporel. Il passe habilement d’un quai de port à diverses pièces du palais par le biais d’éléments mobiles, de projections imitant des motifs de carrelage ou de tapis, de murs ou de colonnes symboliques de sable. C’est un accompagnement poétique, avec un soupçon de féerie qui agrémente l’austérité des dialogues de Lessing au sein desquels se greffe une autre question contemporaine : celle de savoir qui est le vrai père des enfants adoptifs, le géniteur ou l’éducateur.
Michel VOITURIER (Lille)
Au Théâtre du Nord (salle l’Idéal) à Tourcoing du 5 au 15 mars
Texte : Gotthold Ephraïm Lessing (Folio Théâtre, 2006)
Traduction : Dominique Lurcel
Mise en scène : Laurent Hatat
Distribution :
Azeddine Benamara Le sultan Saladin
Manuel Bertrand Un mamelouk
Mounya Boudiaf Sittah, sœur de Saladin
Olivier Brabant Le patriarche de Jérusalem
Sarah Capony Recha, fille adoptive de Nathan
Alexandre Carriere Le templier
Daniel Delabesse Nathan, riche juif de Jérusalem
Céline Langlois Daja, chrétienne, dame de compagnie
Damien Olivier Un derviche
Bruno Tuchszer Frère Convers
Conseiller artistique : Laurent Caillon
Assistanat : Céline Hilbich
Scénographie : Antonin Bouvret
Lumières : Philippe Lacombe
Costumes : Martha Romero
Univers sonore : Martin Hennart
Images : Lucie Lahoute
Travail vocal : Jacques Schab
Production : le Théâtre du Nord ; Compagnie Anina Motrix ; le Nouveau Théâtre de Besançon – C.D.N. de Franche Comté ; le Théâtre de la Commune – C.D.N. d’Aubervilliers
En tournée : du 28 mars au 13 avril 2008 au Théâtre de la Commune - CDN d’Aubervilliers ; les 24, 25, 26, 29 et 30 avril 2008 au Nouveau Théâtre de Besançon
Photo © Eric Legrand