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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Cendrillon et le chien (Paris)

A L’AUTRE BOUT DU CONTE

Co-fondatrice en 1969 avec les Bouteille, Guybet, Coluche et autres Dewaere du désormais mythique Café de la Gare, Sotha, auteure et cinéaste clairement estampillée anar post soixante-huitarde, présente aujourd’hui « Cendrillon et le chien », pièce écrite il y a bon nombre d’années, enfouie dans un tiroir poussiéreux puis oubliée. Jusqu’au jour où sa fille Manon Rony se saisit du manuscrit pour le mettre en scène. Bien lui en a pris. C’est décalé, drôle, impertinent et délicieusement immoral.


Il y a des contes qui font rêver, d’autres moins. La Cendrillon de Sotha désire trouver un jules. Aidée par ses sœurs, Delphine et Marinette qu’elle élève, elle va à un bal où les gens sont « très moches, très cons mais très riches ». Elle tombe amoureuse d’un prince aveugle qui n’est en fait que le sosie qu’a envoyé le vrai, lequel ayant préféré vaquer à d’autres occupations. Imprévu de taille : 243 prétendantes ont fait de même. Résultat : 243 pantoufles aux marches du palais… A l’instar de Shrek, cette version porte un regard critique sur la niaiserie des contes de fées en rendant l’histoire plus rustre, moins enchanteresse. Mais ce qui est perdu en beauté féerique est gagné en drôlerie insolite.

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Un amour de chien

Ici les personnages évoluent dans un décor simple mais farfelu : un arbre phosphorescent, un terrain de mini golf en plein appartement. Autant d’éléments disparates visant à créer une atmosphère décalée en parfaite harmonie avec l’esprit délibérément déjanté de cette pièce tout en incohérences et anachronismes. C’est dans ce sens aussi que l’auteur fait appel à la magie qui transforme le prince en énorme chien berger passablement stupide, parlant, chantant, reniflant. Cette magie abracadabrantesque permet aussi au comique de situation de trouver un solide ancrage dans ce qui aurait pu n’être qu’une avalanche d’aphorismes et bons mots dont on sait Sotha largement capable. L’absurde règne en maître, dynamitant les poncifs du genre, ces histoires de sorcellerie, de prince charmant et baguette magique (laquelle ici n’est d’ailleurs qu’un vulgaire bout de bois).

Dans cette liberté de ton, les comédiens s’en donnent à cœur joie. Carole Massana, qui interprète très efficacement le rôle-titre, se plaît à la grossièreté de son personnage autant que Sylvain Tempier, triplement sollicité (homme aveugle, prince et chien), qui réalise une belle performance dans les registres de l’éthylisme, de la névrose et de la préciosité.

Cette histoire alambiquée et écervelée est intelligemment cadrée par la mise en scène inspirée et dynamique de Manon Rony qui mêle danse, claquettes et chant à des phases de jeu découpées en saynètes qui s’enchaînent avec rapidité et précision. Cette mise en scène faussement foutraque de la fille colle parfaitement à la volonté de la mère de démonter à l’envi les codes formels du conte. Les deux font donc la paire pour user de malice et d’ironie parfois mordante dans ce numéro bien rôdé où la critique sociale n’est jamais très loin… Une drôle de réussite !

Cécile STROUK et Franck BORTELLE (Paris)

Cendrillon et le chien
Auteur : Sotha
Mise en scène : Manon Rony
Interprétation : Sylvain Templier, Carole Massana, Kim Koolenn, Manon Rony, Jérémy Manesse, Loïc Legendre
Décors : Rony avec Joss Philopémon
Masques : Nils Zachariasen
Costumes et musique originale : Sotha
Chorégraphie claquettes : Hervé Le Goff

Au théâtre du Café de la Gare à Paris, du jeudi au dimanche à 19h
Réservations : 01 42 78 52 51



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