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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Gavroche, rentrons dans la rue (Lyon)

DÉCEVANTE PERFORMANCE

C’est un beau projet de démocratisation, pourtant, que celui de Marcel Bozonnet, mais un projet qui ne parvient pas totalement jusqu’à nous.


Au départ, c'est la volonté d’un théâtre autrement… Le projet de Marcel Bozonnet était donc des plus admirables. Après une longue carrière nourrie de rencontres (de Novarina à Regnault en passant par Roger Blin), de métiers (comédien de la Comédie-Française, directeur du CNSAD puis administrateur de la Comédie-Française) et de passions pour la voix et la danse, il décide de créer tout autre chose. Ou peut-être quelque chose justement qui viendrait lier toutes ses richesses-là. Son envie est simple : mettre à l’honneur la subtile relation de l’acteur au texte, celle qui permet avec tant de grâce de nous faire entendre de nouvelles histoires. Et puis aussi bien sûr,  amener le théâtre hors de son nid d’initiés.

En effet, c’est à l’intérieur de l’ancien boulodrome du quartier de la Saulaie à Oullins qu’avait lieu ce spectacle, que le metteur en scène et comédien tient à nommer « performance ». Lorsque l’on pénètre à l’intérieur, tout est réuni pour créer l’évènement : un lieu empli de fumée, une installation créant un sous-espace - à l’aide de lampes, d’écrans, de haut-parleurs - au sein de laquelle on prend place sur des tabourets. Et encore, au fond, une structure en néons. Et puis l’on attend. On attend l’événement. On est curieux de savoir comment tous ces éléments, auxquels vont s’ajouter des masques et surtout un comédien, vont réussir à se marier… Mais ça ne vient pas.

Faible résonance

Ici, le théâtre était censé être « une grande veille qui conduit la fatalité » (Artaud). L’acteur devait se changer en magicien, guidant la destinée de trois personnages tirés des Misérables de Victor Hugo. Il chausse tour à tour le masque du soldat, du vieillard puis de l’enfant, afin de nous faire vivre l’insurrection de 1830 selon différents  points de vue, différentes voix, différentes façons de marcher, de lutter ou de souffrir. Ces trois récits sont entrecoupés de textes d’Antonin Artaud sur le travail de l’acteur, mais également accompagnés par des « chœurs » perçus à des instants inattendus dans les haut-parleurs, venant annoncer ou reprendre l’action narrée. Dernier élément (que d’éléments !), toute la performance, qui ne dure que trente-cinq minutes, est accompagnée d’images : des parties du corps, des objets, plus ou moins en rapport avec ce qui est dit.

Mais parmi tous ces éléments, tous ces niveaux de lecture, l’on peine à saisir le fil rouge. Et par conséquent, l’on ressort de Gavroche, rentrons dans la rue comme on est entrés. C’est à dire avec les mêmes envies de surprise, d’Histoire et d’histoires… sans l’impression, propre à une performance réussie, qu’il nous soit véritablement arrivé quelque chose.  Le problème peut-être, c’est le trop. Trop de déplacements qui nous perdent dans l’espace et brouillent notre compréhension de ces textes magnifiques. Trop de sous-espaces qui ne parviennent pas à maintenir la tension nécessaire au jeu. Trop de furtif aussi.

Quelle belle volonté pourtant que de vouloir glisser ces textes d’Hugo et d’Artaud aux oreilles de spectateurs en mal d’ailleurs, d’autrement… mais pourquoi si vite ? Lorsque l’on commence à s’accrocher au texte, c’est la fin. Il est regrettable aussi que cette intéressante réflexion sur le jeu, sur la capacité qu’a un comédien à être autre – notamment pour Gavroche que Marcel Bozonnet fait apparaître avec un masque d’adolescent à casquette et des gestes dynamiques - soit autant desservie par un amas d’éléments qui sans cesse se cherchent sans jamais se rencontrer.

Pourtant, on ne peut pas nier le véritable travail qu’il a effectué sur la corporalité, sur la portée de la voix. Il est évident aussi que le comédien fait preuve, dans ce petit espace, d’une énergie considérable, qu’il essaye de nous plonger trois siècles en arrière, tout en créant des allers-retours avec le présent. Mais le décalage est peut-être trop grand pour fonctionner, entre ces personnages masqués et l’installation de Daniel Jeanneteau. Dans tous les cas, aucune des deux temporalités ne prend réellement sens.
 
Alors je sors du boulodrome, et devant je croise de jeunes garçons qui ont assisté au spectacle. Des bribes de conversation me parviennent : «… j’ai rien compris, j’avais trop envie de partir… ». Alors je me dis que c’est dommage. Dommage de ne pas pouvoir entendre ce qu’ont à nous dire des textes aussi beaux, de repartir en se disant que c’est peut-être notre faute, que l’on manque de perspicacité… et de fait, de craindre la prochaine fois, la prochaine confrontation avec le théâtre.

Marine VIENNET (Lyon)

Textes de Victor Hugo et Antonin Artaud
Performance de Marcel Bozonnet
Avec la collaboration artistique de Caroline Marcadé
Textes réunis par Joël Huthwohl
Scénographie : Daniel Jeanneteau
Costumes : Renato Bianchi
Masques : Werner Strub
Images : Charles Carcopino assisté d’Olivier Millerioux
Son : Fabrice Planquette
Assistante à la mise en scène : Ella Marder

Lundi 11, mercredi 13, vendredi 15 février 2008 à 20 h au Boulodrome de La Saulaie, Oullins.
Théâtre de la Renaissance : 7, rue d’Orsel 69600 Oullins
Tel : 0472397491
Mail : theatre.renaissance@theatrelarenaissance.com





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