MARIVAUDAGE OU QUÊTE DE VÉRITÉ
Marivaux écrit dans l’avertissement des Serments indiscrets : « ce n’est pas moi que j’ai voulu copier, c’est la nature, c’est le ton de la conversation en général que j’ai tâché de prendre. » Lorsque l’on assiste à une représentation d’une pièce de Marivaux, le style du texte surprend toujours. Cet auteur du XVIIIème siècle restituait d’une façon incroyablement moderne le cours des conversations. La langue est fluide, claire, presque dépouillée, comme si l’auteur avait été guidé par une perpétuelle recherche du langage des hommes… Dans
Les Acteurs de bonne foi et dans
L'Épreuve Marivaux poursuit sa quête de la réalité du langage à travers le mensonge des hommes. Le mensonge, l’amour et le théâtre se mêlent dans ces deux pièces où les protagonistes évoluent en permanence dans un théâtre de la réalité subit ou feint. Que ce soit l’histoire de ce mensonge organisé autour d’un mariage soudainement brisé à cause d’une farce ou l’histoire de cet homme qui pour s’assurer de l’amour de celle qu’il aime la met à l’épreuve en lui proposant des maris, le mensonge est toujours utilisé à des fins de découvrir des vérités, vérités des êtres, vérités des âmes…
Le choix de Marc Paquien de faire un spectacle où les deux œuvres se succèdent est extrêmement intéressant pour le spectateur, qui dépasse les clichés du marivaudage au profit d’un réel aperçu de la complexité de l’œuvre de Marivaux.

Le critique littéraire Jean Goldzink pense qu’
« en même temps que sa recherche de la vérité et des réalités psychologiques, Marivaux poursuit celle d’une forme, d’un langage qui soient "vrais", qui correspondent à la réalité de l’expression.. » Le théâtre de Marivaux apparaît alors comme une peinture sociale précise d’une époque à travers son langage, notamment dans
l’Épreuve où l’appartenance sociale des personnages se définit d’abord par le langage d’où la difficulté pour certains des comédiens à ne pas tomber dans la caricature notamment pour les rôles de paysans, qui apparaissent très souvent factices dans le spectacle.
La scénographie de Cécile Alla et Caroline Oriot semble utiliser ce concept fondamental du théâtre de Marivaux de recherche de vérité.
Les Acteurs de bonne foi est joué dans un espace tortueux aux multiples ouvertures, qui mènent sur une petite scène où la lumière va être faite sur le subterfuge de la fausse annulation de mariage. Quant à
l’Epreuve, elle a lieu dans un espace nu, sommaire, où le passage jusqu’à la scène est unique, à l’image de la vérité du personnage féminin principal. La scénographie envisage l'espace en plaçant une scène en tréteaux au centre de ses décors ; comme une métaphore à la mise en abîme que proposent les deux textes.
La mise en scène de Marc Paquien séduit par la mise en espace des comédiens, leur évolution sur l’espace scénique appuie le propos du texte ; cependant l’ambiguïté psychologique des deux œuvres semble occultée. L’originalité des choix des personnages, la dimension profonde du recours au mensonge ne sont pas saisies dans l’interprétation. Certes, le spectacle est agréable à voir mais la magnifique ambiguïté de la mise en abîme créatrice de réalité dans le théâtre est absente, seul demeure alors un bon divertissement.
Audrey HADORN (Lyon)
De Marivaux (Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux)
Un spectacle de l’ENSATT
Représentations du 18 au 29 février 2008
Mise en scène Marc Paquien
Assisté de Claire Risterucci
Avec : Denis Ardant, David Bescond, Claire-Hélène Cahen, Marion Casabianca, Marie-Laure Communal, Thomas Gourdy, Sylvain Guichard, Justine Moulinier, Loïc Risser, Sophie Tzetan.
Plus de renseignements : www.ensatt.fr