POÉSIE EN CHANSONS POUR ENFANTS SANS TÉLÉ Puisant dans les inépuisables fabulettes d’Anne Sylvestre (qui fait la une du dernier numéro du magazine belge Une autre chanson), Jako, alias Jacques Haurogné, a monté un spectacle séduisant, alliant drôlerie et complicité avec son jeune public et les parents qui l’accompagnent. Cela fait longtemps qu’Anne Sylvestre offre aux bambins et aux écoliers des chansons pleines de rêve, de coups de pattes aux conventions, de visions de vie qui acceptent différences et solidarité. Jako s’est emparé de ce répertoire pour l’offrir aux petits et leur apporter autre chose que les stéréotypes véhiculés par la télé.

Les musiques variées de la compositrice, reprises avec inventivité par un trio comparse (guitare, violoncelle et percussions), n’engendrent pas l’ennui. D’autant que les musiciens jouent non seulement de leurs instruments mais aussi avec le chanteur en connivence permanente. Il n’y a pas que les couplets. Il y a les éclairages, les projections lumineuses, les accessoires. Le plateau est bien occupé. Le public est sollicité, sans excès, pour participer des mains et de la voix à une complicité vite établie.
Reste alors à se laisser emporter. Sur un bateau qu’est pas bien beau mais qui va sur l’eau, dans lequel la cruauté des gosses est épinglée avec justesse. Vers une île en l’eau ou vers une ville aux enfants, toutes deux un peu moins polluées, un peu moins stressantes que ne l’est le climat urbain actuel.
Les peurs sont là. Celle, par exemple, des médicaments qui engendre parfois des réactions de refus. Celle de la maladie qui empêche que se lève la fillette surnommée la petite rivière justement parce qu’elle reste elle aussi dans son lit. Celle de l’étranger qui arbore une autre couleur de peau, qui a d’autres habitudes alimentaires.
La nourriture précisément forme un plat consistant dans ce récital. Voici l’effet détonant des boissons à bulles. Voici l’appétit aiguisé par la seule évocation des nouilles ou l’avertissement de Boutchoko, donné à ceux qui dévorent trop de chocolat.
Et puis, il y a toute la série des petits bonheurs susceptibles de donner couleur aux heures et aux jours : la balançoire, la maison de chacun, les mots permettant de tout exprimer du rêve aux chagrins. Le tendre et le comique cohabitent comme la musique d’inspiration folklorique russe rejoint le jazz d’ici. Un bien bon moment tant pour les enfants que pour les parents.
Michel VOITURIER (Lille)
L’île en l’eau
Textes : Anne Sylvestre
Chant : Jako (Jacques Haurogné)
Guitare : Thierry Garvia
Violoncelle : Johanne Mathaly
Percussions : Jean-Luc Pacaud
Lumières : James Angot
Son : Jérôme Malapert
Production : Sine Qua Non
Au Grand Bleu, avenue Marx Dormoy à Lille, du 2 au 6 février ; au théâtre de Bretigny-sur-Orge les 19 et 21 février.
Photo © Christian Lompech